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Les fins de mois difficiles d'Arnaud Lagardère

Depuis fin 2011, Arnaud Lagardère est passé de 9,6% à 7,7% du capital de son groupe

Depuis fin 2011, Arnaud Lagardère est passé de 9,6% à 7,7% du capital de son groupe - Eric Piermont AFP

"Le patron du groupe Lagardère a discrètement vendu pour 10 millions d'euros d'actions depuis le début de l'année. De quoi lui donner un peu d'oxygène pour supporter sa dette personnelle estimée à 250 millions d'euros."

Arnaud Lagardère a visiblement des fins de mois difficiles. Depuis le début de l'année, le co-gérant du groupe Lagardère écoule discrètement sur le marché, des actions de son propre groupe. Au total, il a vendu 0,3% du capital, ce qui lui a permis de récolter 10 millions d'euros. Par le passé, le patron du groupe Lagardère a déjà vendu des actions sur le marché, mais dans des volumes moins importants (cf ci-dessous). Et ces cessions intriguent car il touche déjà beaucoup d'argent en provenance de son groupe. 

D'abord, des dividendes: 13,5 millions d'euros par an. Voire même plus les années où sont versés des dividendes exceptionnels: 130 millions d'euros en 2013, puis 89 millions d'euros en 2015.

Ensuite, un salaire généreux: un fixe de 1,14 million d'euros bruts, plus un bonus variable en fonction des performances pouvant aller jusqu'à 1,7 million bruts. Signe que le groupe se porte apparemment bien, le bonus versé au titre de 2015 a atteint ce plafond, faisant ainsi un bond de 35% par rapport à l'année précédente.

Enfin, le groupe Lagardère verse une redevance à Lagardère Capital & Management, holding détenue par Arnaud Lagardère. Cette redevance s'est élevée à 27 millions d'euros en 2015. Elle sert à payer les salaires des dirigeants (dont Arnaud Lagardère), ainsi que "leur environnement de travail". Cette redevance est calculée en fonction des charges ainsi supportées, mais accorde en outre une marge de 10% à Lagardère Capital & Management, marge plafonnée à un million d'euros par an. En 2015, cela a permis d'engranger une marge d'exploitation de 0,7 million d'euros. 

Le train de vie n'explique pas tout

Pourquoi alors Arnaud Lagardère a-t-il besoin d'argent? Il y a bien sûr son train de vie. Mais surtout, le fils unique de feu Jean-Luc Lagardère a contracté, à titre personnel, une lourde dette, qui absorbe une large partie de tout l'argent reçu. Ainsi, les dividendes exceptionnels auraient servi à rembourser une partie de cette dette personnelle. Et le dividende ordinaire versé chaque année est apparemment absorbé par le paiement des intérêts de sa dette. En effet, les comptes de Lagardère Capital & Management sur la période 2005-2009 indiquent que cette holding reçoit bien les dividendes versés par Lagardère, mais ensuite ne reverse rien à son propriétaire. Bref, il ne lui reste pour vivre que son salaire, et les ventes d'actions...

Après toutes ces cessions d'actions, Arnaud Lagardère, qui détenait 10,3% du capital de son groupe en 2007, est descendu aujourd'hui à 7,7%. C'est le deuxième actionnaire de son groupe, après le Qatar (12,8% du capital).

Un niveau d'endettement qui baisse

La dette personnelle d'Arnaud Lagardère est portée par la holding Lagardère Capital & Management. Cette dette a culminé à 544 millions d'euros fin 2008, avant de baisser fin 2009 à 434 millions d'euros (dont 404 millions de crédits bancaires) grâce à la vente d'options. Depuis, elle a à nouveau baissé grâce aux dividendes exceptionnels tirés de la vente d'EADS et Canal Plus (186 millions d'euros). Elle peut donc être estimée aujourd'hui autour de 250 millions d'euros.

L'origine de cette dette est connue: l'héritier a dépensé 340 millions d'euros entre 2005 et 2007, pour monter au capital de son groupe, passant de 5,5% à 10,3%. 

Influence sur la stratégie du groupe

Au final, on peut se demander si l'endettement personnel d'Arnaud Lagardère n'influe pas sur sa stratégie pour le groupe.

Ainsi, la cession des participations minoritaires (EADS, Canal Plus) aurait pu être motivée par la volonté de distribuer ensuite aux actionnaires le produit de ces cessions sous forme de dividende exceptionnel. 

Et l'objectif actuel d'augmenter la rentabilité du groupe pourrait être motivé par la volonté de maintenir un dividende ordinaire élevé. En effet, à 1,3 euro par action, ce dividende absorbe 184 millions d'euros par an. Soit plus que le cash généré par l'activité, ou que le bénéfice net (cf. ci-dessous), ce qui est assez rare... "Le principal problème actuellement pour Lagardère est l'écart entre sa génération de free cash flow et son engagement à maintenir un dividende stable", écrivaient en 2013 les analystes de Kepler Chevreux. "Le dividende ordinaire est resté stable depuis 2008 malgré la baisse du bénéfice net. Lagadère aura à coeur de maintenir son dividende à ce niveau, et fera tout pour couvrir son dividende, y compris via de nouvelles cessions", estime aujourd'hui Natixis.

Interrogé, le groupe Lagardère n'a pas répondu. 

Le bénéfice net du groupe Lagardère (en millions d'euros)

2010: +163 2011: -707 2012: +89 2013: +1307 2014: +41 2015: +74

Source: société

Le free cash flow du groupe Lagardère (en millions d'euros)

2011: +30 2012: +147 2013: +47 2014: -23 2015: +274

Source: société

Les ventes d'actions Lagardère par Arnaud Lagardère

2012 420.714 actions pour 9 millions d'euros (estimation basée sur un cours moyen de 22,04 euros)

2013
Zéro

2014
1,47 million d'actions pour 35,7 millions d'euros (estimation basée sur un cours moyen de 24,32 euros)

2015
283.353 actions pour 7,4 millions d'euros (estimation basée sur un cours moyen de 26,27 euros)

2016 (à date)
411.389 actions pour 10 millions d'euros

Source: société

Jamal Henni