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Le site pour les jeunes Melty lève 10,5 millions d'euros

Alexandre Malsch

Alexandre Malsch - Melty

Le groupe hôtelier Accor et le fonds Jaïna de Marc Simoncini rentrent au capital du site ciblant les jeunes. Le directeur général et co-fondateur Alexandre Malsch nous a expliqué ce qu'il allait faire de cet argent.

Mise à jour le 10 novembre: Melty a annoncé avoir levé 10,5 millions d'euros auprès du groupe hôtelier Accor, du fonds Jaïna de Marc Simoncini, et de business angels dont Patricia Barbizet. En revanche, BpiFrance n'a finalement pas participé à la levée de fonds, contrairement à ce qui avait été évoqué. 

Interview initialement publiée le 13 mars:

BFM Business: où en êtes-vous de votre financement?

Alexandre Malsch: nous procédons à une nouvelle levée de fonds. Je ne peux pas évoquer officiellement de montant pour l'instant. Mais la valorisation envisagée est bien supérieure à celle de la précédente levée de fonds de 2012 (Ndlr: 10 millions d'euros). Nous espérons finaliser l’opération d’ici l'été. Nous avons des discussions avec la BPI, mais aussi avec des investisseurs étrangers, car cet argent servira à financer notre expansion internationale. Nous avons d'ailleurs mandaté un cabinet de conseil américain, Clipperton.

Combien de fonds avez-vous déjà levés?

Près de 4 millions d’euros. Nous avons d'abord été soutenus symboliquement par mon ancienne école, Epitech. Puis nous avons levé 300.000 euros en 2009 auprès de Bouygues Telecom Initiatives, le seul fonds qui nous a fait confiance à l’époque... Pierre Chappaz a ensuite investi 50.000 euros.
Enfin, en 2012, nous avons levé 3,6 millions d’euros, auprès du fonds Serena Capital et de business angels comme Marc Simoncini, Fred & Farid, ou Nicolas Plisson. D’autres business angels ont aussi investi en cours de route comme Matthieu Pigasse ou Manuel Diaz. Aujourd’hui, le capital se répartit à peu près à parité entre les fondateurs et les investisseurs.

Quels sont vos objectifs?

Nous visons 100 millions de visites d'ici fin 2016, contre 30 millions aujourd’hui. Et d’ici fin 2018, nous voulons adresser 100 millions de jeunes dans le monde. Nous sommes déjà présents dans 30 pays dans 9 langues (français, anglais, allemand, italien, espagnol, portugais, tchèque, polonais, arabe, turc). Nous venons d’ouvrir en anglais pour adresser les internautes en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Nous sommes le seul acteur paneuropéen, et déjà n°1 sur les jeunes en Europe. En France, par exemple, nous touchons un jeune internaute sur trois, et sommes dix fois plus puissants qu'un site comme Vice.

Comptez-vous créer des filiales à l’étranger?

Non. Notre développement international s’est toujours fait depuis notre siège français, et nous continuerons ainsi. Nous sommes les seuls à parler ainsi au monde entier depuis la banlieue de Paris. Pour cela, nous recrutons des rédacteurs originaires de tous les pays. Hélas, les procédures administratives françaises sont parfois très longues, c’est un véritable frein, et j’aimerais que cela soit plus facile… Au total, nous employons 105 CDI, plus 180 pigistes freelance.

Avez-vous reçu des offres de rachat?

Des tonnes… De groupes de médias français mais aussi étrangers. Néanmoins, ce serait trop tôt, car Melty est en plein développement international, et nous sommes loin d'avoir atteint notre potentiel. C'est tout l'enjeu des discussions actuelles avec de potentiels investisseurs.

Skyrock ou NRJ 12 ont du mal à monétiser la cible jeune auprès des publicitaires. Et vous?

Pas du tout. Certes, les jeunes ont eux-mêmes moins de revenus, mais aussi moins de charges, et donc peuvent réserver leurs dépenses pour leurs loisirs. Surtout, ils sont prescripteurs de ce qui est cool, notamment au sein de leur famille. Ensuite, les marques veulent rester jeunes et cool, et ont donc besoin de s’adresser aux jeunes pour cela. Mais l’important est la manière dont on s’adresse aux jeunes. Nous avons voulu créer un site cool et positif. Les annonceurs apprécient cet environnement, tandis qu’ils ont des réticences à acheter de la publicité dans un contexte négatif, trash ou axé sur la sexualité. Quant aux Skyblogs, ils sont largement passés de mode. Vous savez que Sky est devenu une insulte chez les jeunes?

Quels sont vos résultats financiers?

La France est rentable, mais l’international reste déficitaire, puisque nous sommes en pleine phase d'investissement. En 2014, nous avons réalisé 6,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, un peu moins que les 7 millions prévus, car l’international a décollé un peu moins vite qu’espéré. En 2015, nous visons 9,5 millions d’euros de revenus. La publicité classique représente aujourd’hui moins de la moitié de nos revenus. La majorité provient désormais du native advertising et de nos diversifications: événements, gestion des talents, production de web séries, de docu-réalités, de chaîne de télévision… Nous produisons 230 heures de vidéos par mois.

Vous êtes cité en exemple par les politiques, dont beaucoup sont venus visiter Melty. Que leur dites-vous?

Que ce ne sont pas les gouvernements qui gagnent les batailles technologiques. Nos gouvernants dépensent l’essentiel de leur énergie à lutter contre les géants américains de l’internet, dans une logique de ligne Maginot. Mais les règles qu’ils édictent n’atteignent pas ces géants américains, mais uniquement les acteurs français. J’aimerais que nos gouvernants consacrent plutôt leur énergie à aider les start up françaises, et à créer des champions locaux. Nous sommes d'ailleurs ravis que la BPI avance dans ce sens sous l'impulsion de Nicolas Dufourcq.

Les résultats de Melty (en millions d'euros)

Chiffre d'affaires
2009: 0,2 2010: 0,6 2011: 1,2 2012: 2,3 2013: 4,6 2014: 6,7

Résultat net
2009: -0,15 2010: -0,06 2011: +0,15 2012: -0,17 2013: -0,25 2014: -2,4

Source: comptes sociaux

Jamal Henni