BFM Business

Le marché du Manga français retrouve son punch d'antan

One Punch Man va très probablement booster le marché du manga

One Punch Man va très probablement booster le marché du manga - ONE, Yusuke Murata/SHUEISHA IncKurokawa

Cette semaine est sorti One Punch-Man, un titre très attendu des fans et pour lesquels les éditeurs se sont battus. Une série qui arrive au moment où le marché est reparti en croissance pour la première fois en cinq ans, avec un lectorat en pleine mutation.

Saitama, le héros du manga One-Punch Man a une particularité bien précise. Il est tellement fort qu'il terrasse ses adversaires en un seul coup de poing (d’où son surnom de "One Punch-Man"). Frappera-t-il aussi fort le marché français du Manga, le deuxième au monde avec près de 12,4 millions de livres vendus selon le cabinet Gfk? 

Probablement. Au Japon, One Punch-Man s'est vendu à plus de 6 millions d'exemplaires et de nombreux lecteurs Français connaissent déjà la série via Internet. 

Si bien que les éditeurs français ont tous livré bataille pour pouvoir distribuer cette série. Au final, c'est le quatrième acteur du marché, Kurokawa, qui a raflé la mise. "Nous avons présenté une offre extrêmement forte en termes de marketing", explique Grégoire Hellot, le directeur de collection de Kurokawa. "Nous allons faire un campagne d'affiches dans le métro parisien, ce qui est extrêmement rare pour un manga". Kurokawa a même convaincu la Fnac de mettre en place des habillages spécifiques de décoration, ce qui, selon son directeur de collection, n'arrive qu'une fois par an.

De nouvelles séries fortes

Surtout, Kurokawa a proposé des "minimums garanties" très élevés à Shueisha, l'éditeur japonais de One Punch-Man. Le groupe français a ainsi déjà payé en avance les droits d'auteurs sur un certain nombre d'exemplaires, alors qu'aucun tome n'est encore commercialisé. Cette avance est un acquis: si One-Punch Man est un flop, Kurokawa en sera pour ses frais. Hypothèse peu probable: "nous sommes sûrs de la rentabilité du titre", assure Grégoire Hellot, qui table sur 60.000 exemplaires vendus en un an pour le Tome 1. 

Ses confrères semblent d'ailleurs partager son point de vue. "Comme les autres nous nous sommes battus pour l'avoir. C'est une des séries qui a le potentiel de faire bouger les choses", affirme Christel Hoolans, directrice générale déléguée de Kana, maison connue pour éditer Naruto. 

Cela dit, la sortie de One Punch-Man pourrait faire plus d'un gagnant. Car il arrive à un moment clé pour le marché du manga français. En 2015, en effet, la croissance est revenue à la fois en termes de ventes (+6,5%) que de chiffre d'affaires (+8,3%), selon Gfk. Ce rebond est en fait dû à la montée en puissance de séries plus récentes comme Chi, La vie d'un chat (Glénat), une série très familiale, Assassination Classroom (Kana), Tokyo Ghoul (Glénat) ou encore L'Attaque des Titans, chez Pika. 

Lancée en 2013, cette dernière série est numéro 4 du marché. "Son chiffre d'affaires et sa part de marché ont doublé en 2015", se réjouit Virginie Daudin-Clavaud, directrice générale de Pika. "Le signe fort de 2015 est que lorsqu'on publie une série nouvelle qui présente un attrait fort,le marché suit", poursuit-elle.

Des blockbusters à bout de souffle

En ce sens, One Punch-Man pourrait ne pas faire qu'un seul gagnant. "Tout mouvement qui attire les lecteurs vers les librairie est positif. Les lecteurs de One Punch-Man sont des lecteurs qui s'intéressent à d'autres titres. S'ils viennent, ils peuvent très bien acheter d'autres série", confirme Virginie Daudin-Clavaud. L'embellie du marché est très attendue car le manga avait perdu de sa superbe depuis quelques années. De 2009 à 2014, il a connu cinq années de suite de décroissance.

Pourquoi? Le premier constat des éditeurs est le même: les séries phares se sont essoufflées. En effet, le manga a toujours été ultra-dominé par quatre ou cinq "vieux" blockbusters comme Naruto, Fairy Tail ou encore One Piece, qui ont entre 8 et 15 ans.

"Le marché manquait de dynamisme", résume Christel Hoolans. Sa série phare Naruto va même s'arrêter cette année. "Évidemment il va falloir trouver un ou plus probablement plusieurs successeurs. Mais l'arrêt de cette série va permettre de laisser de la place sur le marché pour de nouvelles licences", se réjouit-elle néanmoins.

La perte de vitesse s’explique aussi par un environnement plus concurrentiel. Christel Hoolans indique que "le comics américain est monté en force et a pris une partie de notre lectorat, notamment avec le succès de Walking Dead". De plus, il y a "la première concurrence qui est celle des écrans et des jeux vidéo", ajoute Virginie Daudin-Clavaud. Les jeunes générations lisent moins en règle générale ou dévorent leur série sur Internet, des traductions de fans permettant de lire les nouveautés dès leur sortie au Japon. Pika édition, par exemple, a riposté en proposant un service en ligne payant pour deux de ses mangas qui fait exactement la même chose et permet ainsi de lire les nouveaux chapitres juste après leur parution au pays du Soleil levant.

Un marché en mutation

Enfin, Grégoire Hellot fait lui valoir un changement de générations. Les jeunes qui ont été sensibilisés au Manga via le Club Dorothée sont entrés ou entrent dans la vie active et "ne se ruent plus forcément dans les librairies". Un dernier constat que ne partage pas Virginie Daudin-Clavaud.

Selon elle, le "primo-lectorat", lit toujours, mais a "des goûts différents et est en quête de nouveaux thèmes, plus adultes". Sa maison d'édition va en ce sens lancer une nouvelle collection, Pika Graphic, qui traite de thèmes tels que l'Histoire, le polar et le thriller. Ce changement est d'ailleurs perceptible sur les ventes. En 2015, le genre de Manga qui a le plus progressé (+32%), est le "Seinen", qui propose des titres bien plus adultes, avec plus des violences et de sexe. 

Même One Punch-Man s'inscrit dans cette tendance avec un thème mature, qui déconstruit le mythe du héros. Ainsi, son personnage principal s'ennuie car aucun adversaire ne lui résiste et il a l'impression de vaincre sans péril (et donc de triompher sans gloire). L'humour est aussi plus adulte. On trouve par exemple un personnage dont le menton évoque… un postérieur!