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Le CNC veut des films plus frais sur internet

La patronne du CNC a expliqué que la ministre de la Culture Fleur Pellerin s'est saisie du dossier

La patronne du CNC a expliqué que la ministre de la Culture Fleur Pellerin s'est saisie du dossier - BFM Business

Frédérique Bredin, présidente du Centre national du cinéma, a promis vendredi une évolution d'ici "quelques semaines" des délais de sortie des films en vidéo à la demande.

Pourra-t-on bientôt regarder des films plus frais de manière légale sur internet? Vendredi 9 janvier, la présidente du Centre national du cinéma (CNC) a promis "une réponse dans quelques semaines".

Frédérique Bredin, qui s'exprimait sur BFM Business, a expliqué que la question est remontée chez la ministre de la Culture: "Fleur Pellerin a pris ce dossier en charge, elle est très très soucieuse de faire avancer cette chronologie, de répondre aux nouveaux usages". En clair, la rue de Valois devrait taper du poing sur la table pour enfin débloquer le dossier. 

Blocage depuis 2009

La difficulté est que les délais de disponibilité des films sur différents supports (salle, DVD, vidéo-à-la-demande, chaînes de télévision...) sont fixés par consensus entre toute la filière. Résultat: il suffit qu'un acteur dise non pour bloquer toute évolution. C'est ce qui se passe depuis 2009. Et c'est notamment ce qui s'est passé lors de la dernière réunion du 19 décembre, où TF1 et M6 ont demandé à modifier la proposition mise sur la table par le CNC.

Mais Frédérique Bredin, invitée d'Hedwige Chevrillon, a rappelé son objectif: "que l'offre légale soit très complète et disponible plus rapidement. Il faut que les films soient disponibles à tout moment au moins à un endroit quelconque. L'urgence, aujourd'hui, c'est de trouver le film à tout moment sur internet, une fois passés les 3-4 mois de la salle".

Développer l'achat en VoD

Piste avancée par la patronne de l'établissement public: développer l'achat définitif des films en vidéo à la demande (VoD). Un service qui existe d'ores et déjà, mais qui reste très marginal par rapport à la location du film durant une journée. Explication : "l'achat est plus cher que la location", a admis Frédérique Bredin. En pratique, un film à l'achat en VoD coûte au minimum une quinzaine d'euros, voire une vingtaine. Selon le consultant Pascal Lechevallier, c'est 3 à 4 fois plus cher que la location, et parfois même plus cher qu'un DVD...

Mais le bras armé de l'Etat dans le cinéma veut aider financièrement les offres d'achat définitif, afin de les rendre plus attractives pour les producteurs. Et surtout il veut proposer des films plus frais en raccourcissant le délai de disponibilité, actuellement de 4 mois après la salle. "On va prendre des mesures très fortes de façon à ce que que l'achat soit vraiment possible dès 3 mois-4 mois pour tous les films", a promis Frédérique Bredin. Précisemment , le CNC a proposé lors de la réunion du 19 décembre de ramener à titre expérimental durant un an ce délai à 3,5 mois.

Retrait des magasins

Surtout, l'achat présente un autre grand avantage: le film reste toujours disponible sur les sites de VoD. Tandis que, pour la location, le film est proposé par les sites de VoD 4 mois après sa sortie en salles, puis est retiré six mois plus tard quand commence sa diffusion sur Canal Plus. Ce retrait se prolonge souvent bien après sa diffusion sur les chaînes gratuites. Bref, le film n'est pas disponible pour les internautes durant une très longue période -c'est ce qu'on appelle le gel des droits. Comme l'a expliqué Frédérique Bredin, "ce qui bloque, c'est la notion de gel des droits. Les chaînes gèlent les droits des films qu'elles ont acheté. Mais on peut le comprendre aussi, car les chaînes ont acheté ces films très cher, et donc souhaitent garder l'exclusivité".

"Il n'y a que quelques salaires fixes au dessus d'un million d'euros"

Frédérique Bredin a expliqué sa volonté de retirer les subventions du CNC aux films qui donneraient des cachets trop importants à leurs stars. "Aujourd'hui, les investissements se contractent, ce qui est normal vu la conjoncture, donc il faut faire attention aux coûts des films", a justifié la présidente du CNC.

En pratique, "nous avons décidé qu'il ne pouvait plus y avoir de rémunération qui soit disproportionnée par rapport au coût du film, que ce soit un acteur ou un producteur Si on veut mettre énormément d'argent sur un acteur, on peut le faire, mais via un intéressement sur les recettes. Sinon, on ne peut pas demander à des fonds publics de subventionner des opérations commerciales disproportionnées. Cela ne veut pas dire qu'on paye moins les talents, cela veut dire qu'on les paye différemment".

Concrètement, le CNC ne versera plus de subventions à un film octroyant à un talent un cachet fixe de plus d'un million d'euros. Interrogée sur le nombre de cas concernés, Frédérique Bredin a répondu: "il n'y en a pas beaucoup, ce sont quelques rémunérations, c'est un peu plus" que trois par an. 

Jamal Henni