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Lancé en janvier, le magazine "Ebdo" est-il déjà en sursis ?

Thierry Mandon, Laurent Beccaria, Constance Poniatowski et Patrick de Saint Exupéry lors du lancement

Thierry Mandon, Laurent Beccaria, Constance Poniatowski et Patrick de Saint Exupéry lors du lancement - BFM Business

Le nouvel hebdomadaire est très loin de l'équilibre. Et ses ventes ont chuté après la parution de l'enquête sur Nicolas Hulot.

Le 12 janvier est apparu un nouvel hebdomadaire. Vendu 3,5 euros, Ebdo se veut complémentaire des hebdomadaires existants, pédagogique, simple, accessible, détaché de l'actualité. Il cible ceux qui ont arrêté de lire la presse, en particulier en province... bref, "la France d'en bas".

Mais Ebdo a fait sensation avec son cinquième numéro paru le 9 février, qui a révélé une plainte pour viol contre Nicolas Hulot.

Discret sur ses résultats, Ebdo vient de donner de premier chiffres. Son président Laurent Beccaria a indiqué dans Marianne compter entre "8000 et 10.000 abonnés aujourd’hui", soit à peine plus que lors du lancement (8065). A cela s'ajoutent les ventes en kiosques: "30.000 en kiosques pour le numéro Hulot. Soit 5000 de plus que d’habitude".

Mais Laurent Beccaria indique que la diffusion "a connu un coup d'arrêt" après ce numéro. Selon Marianne, les ventes en kiosques sont tombées ensuite à 15.000 exemplaires.

Des résultats insuffisants: "Le seuil de rentabilité, c’est entre 50.000 et 60.000 abonnés, et 15.000 à 20.000 ventes en kiosques. On n’y est pas", admet Laurent Beccaria (par ailleurs patron-fondateur des Editions des Arènes et des revues XXI et 6 mois). Lors du lancement, le directeur de la publication Thierry Mandon disait viser "70.000 abonnés fin 2019, plus 20.000 ventes en kiosques".

15 millions d'euros de budget par an

Il faut dire qu'Ebdo coûte cher. L'équipe compte 50 personnes, dont 30 journalistes. Chaque numéro compte 100 pages. Et le choix a été fait de se passer totalement de publicité: "Les exigences de la publicité sont extrêmement fortes, ça code un journal, qui se met à penser comme la cible des annonceurs", expliquait Laurent Beccaria lors du lancement.

Au total, "le budget annuel est de 13 à 15 millions d'euros par an", expliquait Thierry Mandon.

Pour financer ce budget, une campagne de crowdfunding a été lancée sur KissKissBankBank, qui a réuni 410.000 euros. En outre, l'éditeur catholique Bayard a pris 3% du capital.

Levée de fonds qui tarde

Mais cela n'est pas suffisant. Lors du lancement, Thierry Mandon promettait pour "début février une levée de fonds de 2 millions d'euros. Grâce à cette levée de fonds et à des prêts bancaires, Ebdo aura deux ans pour tenir jusqu'à l'équilibre".

Deux mois après, la levée de fonds n'a toujours pas eu lieu. "Un nouvel actionnaire va entrer prochainement au capital pour atteindre 30%. Si cette recapitalisation n’arrivait pas, ce serait plus compliqué", dit aujourd'hui Laurent Beccaria dans Marianne.

Selon des sources industrielles, une décision sur l'arrêt ou la poursuite du journal pourrait être prise dès l'été 2018. Interrogée à ce sujet, la porte-parole d'Ebdo n'a pas répondu.

Les actionnaires de Rollin Publications (XXI, 6 mois, Ebdo)

BSA (Beccaria Sivry et Associés): 41%
Patrick de Saint Exupéry (co directeur de la rédaction d'Ebdo): 41%
Charles-Henri Flammarion (ancien PDG de Flammarion)
Marie-Pierre Subtil (rédactrice en chef de 6 mois)
Thierry Mandon (directeur général de Rollin Publications)
Dominique Villeroy de Galhau (directeur général de la Financière Tiepolo)

Source: Ebdo

Jamal Henni