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La vente de la cristallerie Baccarat à un fonds chinois reste en panne

La cristallerie de luxe, qui emploie 500 salariés, a enregistré en 2017 un résultat net de 3,4 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 146 millions d'euros.

La cristallerie de luxe, qui emploie 500 salariés, a enregistré en 2017 un résultat net de 3,4 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 146 millions d'euros. - Patrick Kovarik-AFP

Les salariés de la cristallerie de luxe Baccarat s'inquiètent du retard pris dans le rachat de l'entreprise par un fonds chinois. Cette vente en suspens pénalise son essor, obéré par des investissements insuffisants.

Baccarat est en panne de stratégie et d'investisseurs. La manufacture créée par Louis XV il y a 250 ans, réputée dans le monde entier pour ses articles de table, objets de décoration, luminaires et bijoux, attend que le contrat d'acquisition, pour 164 millions d'euros de son capital par un fonds chinois, soit conclu. La femme d'affaires chinoise Coco Chen avait racheté avec son fonds d'investissement Fortune Fountain Capital (FFC) la prestigieuse marque - valorisée à 185 millions d'euros - en octobre 2017.

Mais, six mois plus tard, la vente n'est toujours pas finalisée: l'autorité des marchés chinois n'a pas délivré d'autorisation pour le transfert des fonds. "Ce blocage fait que la stratégie gagnante de Baccarat ne se met pas en place et que l'entreprise continue de végéter", s'inquiète Didier Guyot, expert comptable mandaté par les instances représentatives de la manufacture.

La cristallerie de luxe aurait manqué de créativité

La cristallerie de luxe, qui emploie 500 salariés, a enregistré en 2017 un résultat net de 3,4 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 146 millions d'euros. Le bénéfice dégagé en 2016 s'élevait à 2,2 millions d'euros et le chiffre d'affaires à 148 millions d'euros, après une perte en 2015.

"L'entreprise devrait être au minimum à 500 millions d'euros et je ne vois pas ce qui l'empêche d'être à un milliard d'euros", affirme Didier Guyot, l'expert comptable. "La cristallerie a végété dans une période où le luxe a explosé à l'échelle mondiale", faute d'investissements suffisants, précise-t-il.

Selon lui, Baccarat a raté le virage du commerce en ligne, a manqué de créativité dans le renouvellement de ses produits, n'a quasi pas élargi son portefeuille de clients à l'étranger, notamment en Asie, et a peu investi dans la promotion de la marque.

Propriétaire de Baccarat, le fonds Starwood n'y a guère investi

Contrôlé depuis 2005 par Starwood Capital, un fonds américain spécialisé dans l'immobilier, après le rachat à la famille Taittinger de la Société du Louvre, le cristallier lorrain a vu les investissements s'amenuiser.

Le projet du nouvel actionnaire chinois -qui prévoit 20 à 30 millions d'euros d'investissements à court terme, et peut-être 50 millions d'euros à moyen terme- porte sur la densification du réseau de distribution et la conquête des marchés émergents, en particulier aux États-Unis, principal marché du luxe, et en Asie.

L'assemblée générale annuelle des actionnaires est prévue le 29 juin. La direction de Baccarat n'a pas souhaité s'exprimer.

F.B avec AFP