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La monumentale bourde d'un éditeur de manuels scolaires 

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- - Les collégiens de 4e qui ont entre les mains Mon Cahier de Français des éditions Magnard ont intérêt à être vigilants sur la conjugaison du verbe voir.

Savez-vous conjuguer le verbe voir au passé simple ? A en croire Mon Cahier de Français 4e publié par les éditions Magnard, il faudrait dire "je vus", "tu vus", "il vut"… Malgré l'ampleur de l'erreur, l'éditeur attend patiemment d'écouler ses stocks pour imprimer une édition corrigée.

Les jeunes générations maîtrisent de moins en moins la langue française. La faute aux SMS, à leur désintérêt pour la lecture… et aux manuels scolaires peut-être ? C'est en tout cas l'excuse que pourront avancer certains élèves de 4ème si leur professeur a choisi de travailler avec Mon Cahier de Français 4e des éditions Magnard, la filiale éducation du groupe Albin Michel. A la page consacrée à la conjugaison du verbe voir, le paragraphe dédié au passé simple a de quoi effrayer. A en croire le manuel, la première personne du singulier se conjugue en "je vus" puis "tu vus", "il vut"… et l'erreur se décline aussi sur les pluriels.

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- © Marie Vignon

Ce livret, vendu 5,95 euros, est présenté par son éditeur comme étant "la collection plébiscitée par les enseignants" qui a été "entièrement renouvelée en 2015". L'éditeur est au courant de cette monumentale bourde, qui ne figurait pas dans l'édition précédente. "Un enseignant nous a informés de cette erreur à la rentrée", reconnaît Florence Benichou, directrice des relations scolaires de Magnard sans pouvoir expliquer comment cette énorme faute a pu être commise sans que personne ne s'en rende compte avant la publication.

Le fait que des collégiens puissent travailler avec un manuel erroné ne semble pas dramatique à ses yeux. "Il y a les professeurs qui sont là pour corriger", se défend l'éditeur. Et de minimiser l'importance de l'erreur en parlant de "coquille" alors qu'il ne s'agit évidemment pas d'une faute de frappe puisque toute la conjugaison du passé simple a été méthodiquement massacrée.

Magnard ne se magne pas de corriger son erreur

Pourtant, l'éditeur ne compte pas demander le rappel des ouvrages ni même envoyer un correctif. Magnard se retranche derrière le fait qu'il est bien incapable de savoir où ses manuels ont atterri et ne peut donc pas informer les détenteurs. En somme, il faut attendre que le stock s'écoule. Ce qui sera le cas dans moins d'un an, selon l'éditeur. 

Une pratique qui indigne le syndicat de correcteurs (SDC). "Ce livre a tout simplement été mal relu, les éditeurs rognent de plus en plus sur les frais de correction" regrette Pierre Lagrue, membre du SDC et ancien directeur du service correction de l'encyclopédie Universalis. Le secteur de l'édition scolaire, qui a généré un chiffre d'affaires de plus de 200 millions d'euros en 2014, n'est pas celui qui rogne le plus sur les dépenses consacrées aux relectures, selon lui. Mission éducative oblige! Mais Magnard semble l'avoir oublié.

Le ministère de l'Education nationale souligne de son côté que les erreurs présentes dans les manuels relèvent de la responsabilité de l'éditeur. Son rôle se limite à faire des recommandations pour que les programmes officiels soient respectés. Aux éditeurs de choisir la pédagogie qu'ils vont employer dans leurs manuels... et aux professeurs des collèges de retenir ceux qui semblent les plus adaptés.

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- © Editions Magnard

Mise à jour du 15 octobre

A la suite de la publication de notre article, et des nombreuses reprises qui en ont été faites sur d'autres sites, l'éditeur de livres Magnard a changé de discours. Il a décidé de mettre à la disposition des professeurs la version corrigée de la page où figure l'erreur de conjugaison. Elle est téléchargeable sur son site.

De plus, il lance une réimpression corrigée de l'ouvrage et procédera à l'échange sur demande. "Cet incident nous mène à encore renforcer nos procédures de relecture et de contrôle", assure l'éditeur sur son site.

Coralie Cathelinais