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La CGT se mobilise pour sauver... la tête d'un directeur de palace parisien

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Plusieurs délégués CGT ont distribué des tracts lundi et mardi devant l’entrée du Peninsula. Ils ne protestent pas contre la loi Travail. Ils se battent pour obtenir la réintégration de leur patron poussé vers la porte par les propriétaires qataris et hongkongais de ce 5 étoiles.

"À la CGT, on sait aussi être juste avec les patrons qui le méritent", c’est par ces mots que Naoual Ramdani, déléguée CGT du Peninsula explique la montée au créneau de son syndicat pour prendre la défense du directeur général de ce palace parisien. Nicolas Béliard a annoncé la semaine dernière aux 580 salariés de cet hôtel de luxe du XVIème arrondissement qu’il quitterait l’entreprise d’ici le 30 juin suite à un "accord à l’amiable passé avec les propriétaires". Un départ qui a surpris les salariés, ceux-ci ne le jugeant "ni expliqué, ni motivé", rapporte Le Parisien.

Du coup, les délégués CGT de l’hôtel ont décidé de distribuer des tracts de soutien à Nicolas Béliard devant l’entrée de l’établissement. Au Parisien, deux syndicalistes, Naoual et Julina, agent de sécurité et femme de chambre, décrivent leur patron comme un dirigeant particulièrement à l’écoute de ses salariés. Elles louent son ouverture d'esprit lorsqu'il a été question de choisir les jours de récupération au restaurant de l'hôtel, pour lequel "il a fini par conserver le dimanche à (leur) demande".

Des actionnaires Qatari et Hongkongais

Le Peninsula est détenu à 80% par la compagnie qatarienne Diar, filiale du groupe hôtelier Katara Hospitality, et à 20% par le groupe The Hongkong and Shanghai Hotels. Et les salariés cherchent à comprendre pourquoi ces derniers ont poussé vers la porte leur directeur général. Est-ce lié à la baisse de fréquentation de l’hôtel par les touristes américains, russes et chinois depuis les attentats de novembre? Une volonté de reprise en main? Ou peut-être la revalorisation des salaires de 2% en 2015 accordée par la direction? "Nous sommes le seul hôtel parisien à avoir connu ça en 2015. M. Belliard a-t-il été trop gentil avec nous? Les Qatariens veulent-ils davantage de rentabilité?" s'interrogent les déléguées.

Une chose est sûre, Nicolas Béliard sentait que ses actionnaires n'étaient pas pleinement satisfait de sa gestion. "Il était lui aussi salarié et nous disait de temps en temps: "Je partirai avant vous", racontent Julina et sa collègue.

Grévistes pour soutenir la direction

Si en plein conflit sur la loi Travail, l’anecdote a de quoi marquer, elle n’est pas exceptionnelle. Par le passé, on a déjà vu, en France, des salariés se mobiliser en faveur d’un patron licencié par ses actionnaires. En 2012, des employés de la PME d’aménagement intérieur Sogal s’étaient mis en grève pour soutenir Pascal Legros face au fonds Qualium. Plus récemment, les salariés du Laboratoire de la Mer à Saint-Malo -spécialisé dans le spray nasal- ont également cessé le travail pour garder leur PDG Olivier Bertaud, remercié par le nouvel actionnaire, l’Américain Perrigo. Sans succès. 

La méthode a toutefois déjà porté ses fruits. En février dernier, le fabricant de fenêtres Mixal, dans le Finistère, a fini par réintégrer les deux dirigeants qu'il avait remercié.