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James Bond est-il le pire employé du monde?

M, qui est sa supérieure hiérarchique, est souvent excédée par James Bond. L'échangerait-elle pour autant?

M, qui est sa supérieure hiérarchique, est souvent excédée par James Bond. L'échangerait-elle pour autant? - Sony Pictures

Si vous étiez un patron, embaucheriez-vous James Bond? Il y a peu de chances, une fois que vous aurez lu cet article. Et pourtant, vous feriez certainement une erreur.

1. Il ne travaille pas en équipe

James Bond, c'est l'employé qui a beaucoup de mal à se fondre dans le moule d'une équipe. Il travaille seul. Et pourtant, "le travail d'équipe est essentiel dans une structure comme le Secret Intelligence Service et les 'héros' qui travaillent seul ne vont pas très loin", assure une source qui travaille dans un tel service au site Buzzfeed. S'il lui arrive parfois de faire équipe comme dans Casino Royale avec Vesper Lynd (alias Eva Green) ou de temps à autre avec Felix Leiter de la CIA, c'est contraint et forcé, ça ne dure jamais très longtemps et ça finit parfois mal pour le partenaire... Néanmoins, si James Bond veut se ranger et bosser dans une entreprise plus classique, ce n'est pas forcément un problème. "Les entreprises recherchent des candidats qui savent travailler seul et prendre des initiatives, explique Pierre Blanc-Sahnoun, coach de dirigeants et collaborateur à la revue Management. Évidemment, il ne pourrait pas travailler dans un service comptabilité où on travaille en équipe mais il pourrait tout à fait être commercial sur le terrain." En revanche, l'agent secret a un vrai problème de communication. "Ce qui bloquerait c'est qu'il ne reporte pas, d'ailleurs tous ses problèmes avec M (sa supérieure hiérarchique) viennent de là", conclut Blanc-Sahnoun.

2. Il n'écoute pas les ordres et ne respecte pas la hiérarchie

Les ordres de M (son supérieur hiérarchique), les conseils de Q (son fournisseur de gadgets), James Bond n'en a cure. Il n'en fait qu'à sa tête. Parfois parce que la mission l'exige, d'autres fois parce qu'il se laisse guider par ses émotions (généralement guidées par l'attrait des femmes). "Pour moi c'est le plus gros problème s'il voulait travailler dans une entreprise, reconnaît Pierre Blanc-Sahnoun. L'entreprise n'est pas une démocratie où chacun fait ce qu'il veut mais une dictature." Pour d'autres en revanche, ce défaut n'est peut-être plus si rédhibitoire. "C'est sans doute moins grave aujourd'hui qu'il y a quelques années, estime Laurent Batonnier, directeur de l'Ecole de coaching de Paris. Les entreprises privilégient de plus en plus le côté créatif et laissent de l'autonomie aux salariés. On le voit avec le télétravail notamment. La logique industrielle du taylorisme où chacun exécute les ordres dans son coin a vécu."

3. Sa relation avec MoneyPenny s'apparente à du harcèlement

Si James Bond multiplie les conquêtes sur le terrain, au bureau c'est Miss MoneyPenny qui subit ses assauts depuis plusieurs années. Et si elle s'estimait harcelée, James Bond passerait un sale quart d'heure aujourd'hui. "Le délit de harcèlement a été réinscrit au Code pénal en 2012, précise ainsi Frédérique Cassereau avocate à la Cour sur le site de MarieClaire. Miss Moneypenny pourrait donc poursuivre l’agent secret tant devant le juge prud’homal en engageant la responsabilité de leur employeur et la responsabilité personnelle de James, que devant le juge pénal pour obtenir la condamnation de ce dernier." Mais est-ce vraiment du harcèlement? "Il a certes un côté macho conquérant mais avec MoneyPenny c'est plus un jeu de séduction, estime Pierre Blanc-Sahnoun. Elle ne se laisse pas faire et il ne la rabaisse pas. En revanche ce type de relation de drague dans l'entreprise peut s'avérer compliqué. On finit souvent par le payer, quand ça prend le pas sur le travail notamment."

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4. Les nouvelles technologies le rebutent 

Si James Bond utilise moult gadgets dans les films, il n'écoute pas pour autant les conseils d'utilisation que lui prodigue Q. Et dans "Skyfall", le dernier film en date avant la sortie de "Spectre", on le sent même dépassé face au jeune Q, figure de geek ultime qui lui assure qu'il pourrait causer plus de dommages avec son ordinateur que lui pendant un an sur le terrain. Le vieux monde face au nouveau. Le profil du salarié qui ne veut pas changer ses habitudes et ne maîtrise pas son back-office? Il y a de ça. "Être réfractaire au modernisme aurait du mal à passer surtout dans une jeune entreprise de l'internet", explique Laurent Batonnier. Mais James Bond est-il réellement anti-technologique? "Non, estime Pierre Blanc-Sahnoun. Il sait très bien utiliser les outils qu'on lui donne. Peut-être pas de manière conventionnelle mais il sait se les approprier. Ce qui le rebute plutôt c'est le côté plan-plan des scientifiques du MI6."

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5. Il prend des risques et en fait prendre aux autres

C'est sûr que ce n'est pas la prudence qui le caractérise. James Bond prend des risques pour lui mais, et c'est plus gênant, il en fait courir aux autres. Ses partenaires finissent souvent agonisant recouvertes d'or, de pétrole ou au fond de l'eau... "C'est très embêtant ça pour un manager, reconnaît Pierre Blanc-Sahnoun. Je ne lui confierais pas une équipe." Même si les entreprises parlent souvent de prise de risques pour attaquer notamment de nouveaux business. "Oui, elles le mettent en avant dans le discours mais en pratique c'est moins vrai, relativise Laurent Batonnier. Car si vous vous plantez, est-ce qu'on vous le pardonne? Pas sûr."

6. Il démissionne souvent

Par trois fois déjà, James Bond a quitté le MI6 (dans "Au service secret de Sa Majesté", "Permis de tuer" et "Casino Royale"). Et c'est sans compter les fois où il se met en congé comme au début de "Skyfall" après sa chute qui l'a laissé pour mort. Bref, James Bond n'est pas un salarié très fiable. "Cela fait partie de son côté affectif, il défend des valeurs et ne supporte pas la contradiction, explique Pierre Blanc-Sahnoun. Ce genre de salarié a besoin en permanence d'être rassuré, de sentir qu'il est aimé. Ce qui est épuisant pour un manager à la longue."

7. Il est porté sur l'alcool et dépensier

Hormis la drogue, il n'y a guère d'excès auxquels James Bond n'ait pas succombé. Alcool (Martini-vodka) et femmes bien sûr mais aussi l'argent (celui du contribuable britannique). James Bond sait bien vivre aux frais du Royaume, ce qui agace d'ailleurs Vesper Lynd dans "Casino Royale" qui refuse de le financer après sa défaite au poker. À l'heure où les entreprises serrent les coûts à tous les étages, il y a certaines notes de frais de James Bond qui feraient s'étrangler les DRH. "James Bond est un personnage excessif, c'est son côté sur-affectif, écorché vif, analyse Pierre Blanc-Sahnoun. Il boit beaucoup, se couche tard, s'agite... il ferait un burn-out dans la vie. D'ailleurs, même dans les films on retrouve un James Bond dépressif avec Daniel Craig. Mais après tout, beaucoup de managers aujourd'hui sont en burn-out, marqués par la fatigue..."

Bilan: alors, James Bond on l'embauche ou pas?

Si on fait le bilan objectif, James Bond est bel et bien le pire employé du monde. Mais aussi peut-être aussi le meilleur. "Personne ne voudrait gérer un James Bond mais tout le monde rêverait d'en avoir un dans son équipe, estime Laurent Batonnier. Car s'il a droit à un régime d'exception, il a aussi des résultats d'exception. Une équipe où il n'y a que des clones n'est pas une équipe performante." S'il ne faut pas que ça, quelques James Bond dans une entreprise, ça peut être bénéfique. "Mais pas à n'importe quel poste, tempère Pierre Blanc-Sahnoun. C'est quelqu'un à qui il faut donner un gros challenge et carte blanche pour l'accomplir. Mais ce type de personnalité ne reste jamais longtemps dans l'entreprise. Il finit tôt ou tard par claquer la porte et monter sa propre structure. James Bond est un chef d'entreprise dans l'âme."

Bonus: un florilège (en anglais) des remontrances subies par James Bond au sein du MI6

Frédéric Bianchi