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France Télévisions peut rester au capital de Gulli

Les programmes de Gulli, ici Team Galaxy, attirent de moins en moins de télespectateurs.

Les programmes de Gulli, ici Team Galaxy, attirent de moins en moins de télespectateurs. - -

A la suite d'un compromis avec l'Etat actionnaire, le service public ne va finalement pas lancer une chaîne concurrente de Gulli, et va ainsi respecter le pacte d'actionnaires conclu avec Lagardère.

Dans son programme présidentiel, le Parti socialiste avait promis de "créer une chaîne jeunesse sans publicité sur le canal de France 4".

Une promesse reprise durant la campagne par Aurélie Filippetti, notamment au Fipa, à La Tribune, puis devant le Spi, où elle assurait "tenir à une chaîne jeunesse sans publicité avant 20 heures".

Mais France Télévisions était opposée à cette idée, car France 4 lui rapporte 13,8 millions d'euros de publicité (recettes nettes en 2012), et un accès au public des jeunes adultes.

Finalement, la semaine dernière, un compromis a enfin été trouvé entre le ministère de la Culture et les chaînes publiques. "Dans la journée, les programmes pour enfants et pour les jeunes devront avoir plus de place", a annoncé dimanche Aurélie Filippetti. France 4 "ménagera une large place aux programmes pour enfants", a précisé mercredi France Télévisions.

Une question de dosage

Ce compromis présente aussi un avantage indirect: il permet d'éteindre un conflit en germe autour de Gulli, la chaîne jeunesse déjà diffusée sur la TNT.

En effet, le pacte conclu entre les deux actionnaires de la chaîne, Lagardère (66%) et France Télévisions (34%), interdit au service public de lancer une offre concurrente à Gulli. Dès lors, si France 4 était devenue une chaîne jeunesse, alors France Télévisions se serait retrouvée en violation de ce pacte d'actionnaires, et aurait donc dû sortir de Gulli.

En revanche, dans le compromis finalement adopté, "France 4 ne devient pas une chaîne 100% jeunesse, et donc une concurrente de Gulli. Dès lors, France Télévisions continue de respecter le pacte d’actionnaires, et n’est nullement contrainte de sortir du capital de Gulli", explique-t-on au sein des chaînes publiques. Celles-ci ont conduit une analyse juridique, qui a conclu que, tant que la proportion de programmes jeunesse sur France 4 n'était pas trop élevée, alors le pacte d'actionnaire était respecté.

Cette analyse ne serait pas contestée a priori par Lagardère, qui va cependant regarder de près quelle sera la dose de programmes jeunesse introduite.

Résultats en recul

Bref, France Télévisions n'est plus contraint de sortir de Gulli. Mais le sujet n'est peut être pas enterré pour autant. En effet, vendre Gulli pourrait quand même rapporter un peu d'argent à un service public à la recherche d'économies tous azimuts. Toutefois, il est plus que probable que l'Etat actionnaire reprendra cet argent dès qu'il aura été encaissé par le service public. Mais la vente de Gulli pourrait avoir un intérêt technique, pour reconstituer la trésorerie de France Télévisions.

Reste un gros obstacle à surmonter: trouver un accord sur une valorisation avec Lagardère. En 2011, quand France Télévisions rêvait encore de racheter Gulli, elle avait commandé une expertise au cabinet Salustro Reydel, qui avait valorisé la chaîne à 110 millions d'euros. Mais le gouvernement d'alors n'avait pas autorisé le service public à déposer une offre.

En face, selon La Tribune, Lagardère valoriserait la chaîne entre 29 et 44 millions d'euros, soit à peine l'argent qui y a été investi (les pertes cumulées s'élèvent à 35 millions d'euros). Difficile à accepter pour France Télévisions...

Les points de vue sont d'autant plus difficiles à concilier que la valeur de Gulli diminue sans doute: désormais, ses recettes plafonnent et son audience recule (cf. ci-contre). Alors que la chaîne était la deuxième de la TNT lors de son lancement, elle n'est plus aujourd'hui qu'au 7ème rang. Bref, les discussions avancent très lentement...

Interrogé, Lagardère n'a pas souhaité faire de commentaires.

Jamal Henni