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France Televisions peine à réduire ses effectifs

Les objectifs de réduction d'effectifs en sont pas tenus

Les objectifs de réduction d'effectifs en sont pas tenus - Jean Ayissi AFP

L'effectif des chaînes publiques a légèrement augmenté l'an dernier, malgré un plan de départs volontaires.

Réduire l'effectif de France Télévisions, mission impossible? L'an dernier, l'effectif des chaînes publiques est reparti à la hausse. Certes, cette hausse est très légère: +11 équivalents temps plein.

Quant aux charges de personnel, qui devaient reculer de -0,2% selon le budget, elles ont finalement augmenté de +1,9%. Et leur poids dans les dépenses totales a encore augmenté...

Plus de vacances

Ces hausses sont paradoxales. Car le service public a pourtant lancé l'an dernier avec tambour et trompettes un plan de départs volontaires de 340 postes!

Toutefois, seulement un cinquième de ces départs ont eu lieu l'an dernier, l'essentiel s'effectuant sur l'exercice 2015. 

Interrogée, la direction avance une autre explication: l'effectif publié comprend aussi les non permanents, notamment ceux qui remplacent ponctuellement les permanents. Or le besoin de remplaçants a été plus élevé l'an dernier, car les permanents ont été poussés à prendre plus de vacances et de RTT par de nouvelles règles imposant de les prendre avant une date butoir. 

Provision record

Dernière explication: le service public a procédé à d'importantes embauches: 273 personnes. Ces embauches ont principalement servi à "permanentiser" des non permanents, c'est-à-dire à proposer des CDI aux précaires (CDD, intermittents, pigistes...). "Environ un millier de transformations de CDD en CDI ont été réalisées depuis 2010", note un rapport du CSA.

Hélas, ces "permanentisations" ne s'expliquent pas par le grand coeur de la direction, mais par un risque juridique. Très souvent, les non permanents enchaînent de multiples contrats précaires, ce qui leur ouvre le droit à une requalification en CDI. La Tribune avait notamment révélé qu'un technicien monteur avait touché 206.000 euros, puis qu'un technicien vidéo avait touché 103.000 euros. Tous deux avaient enchaîné 10 ans de CDD...

En 2013, France Télévisions a ainsi passé une provision record de 28,8 millions d'euros "pour litiges liés à des contrats de travail". "La réduction en cours de l'emploi non permanent entraîne une augmentation très sensible des litiges liés à des contrats de travail temporaires", expliquent les comptes 2013.

"Bilan désastreux"

Résultat: la promesse du contrat d'objectifs et de moyens signé en 2013 -à savoir tomber à 9.750 équivalents temps plein en 2015- ne sera pas tenue, et a été discrètement repoussée à 2016, selon un document distribué à la presse début avril.

Toutefois, l'effectif diminue enfin depuis début 2015, les départs volontaires devenant enfin effectifs. Grâce à cela, le PDG Rémy Pflimlin devrait rendre en août 2015 les clés de France Télévisions avec un peu moins de salariés qu'à son arrivée. Mais avec des charges de personnel plus lourdes, car ces charges n'ont cessé d'augmenter sous son magistère (+10% entre 2010 et 2014). 

Reste que ce n'est pas la première fois qu'un tel paradoxe se produit. Sous le PDG précédent Patrick de Carolis, deux plans de départs en pré-retraite ont été menés en 2007 puis 2009 portant sur près de 900 postes, et coûtant 58 millions d'euros. Mais en réalité, ces plans ont été "sans impact sur les effectifs", a déploré la députée PS Martine Martinel, qualifiant leur bilan de "financièrement désastreux". De même, la Cour des comptes avait fustigé le plan de 2007, où 60% des départs avaient finalement été remplacés.

Les charges de personnel (en millions d'euros)

2007: 857
2008: 840
2009: 864
2010: 884
2011: 908
2012: 956
2013: 958
2014: 976

Source: comptes consolidés de France Télévisions

L'effectif de France Télévisions (équivalents temps plein en moyenne)

2009: nc
2010: 10.207
2011: 10.397
2012: 10.491
2013: 10.120
2014: 10.131
fin avril 2015: 9.953

Source: France Télévisions

Part des charges de personnel dans les charges d'exploitation (en %)

2008: 36,3*
2009: 36,2*
2010: 37,2*
2011: 33,4 / 35*
2012: 34,7 / 36*
2013: 35
2014: 35,3

Source: Bercy

*hors coûts techniques de diffusion

Jamal Henni