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France Télévisions: enquête de la Cour des comptes sur la diversification

Yann Chapellon, patron de la diversification depuis fin 2010, est un proche de Bruno Patino

Yann Chapellon, patron de la diversification depuis fin 2010, est un proche de Bruno Patino - Serge Surpin Satellifax

La Cour des comptes vient de finaliser un rapport confidentiel sur la filiale France Télévisions Distribution, dont les résultats se sont effondrés depuis 2010.

Il y a un an, la Cour des comptes a lancé une enquête sur les activités de diversifications de France Télévisions. Ces activités sont essentiellement menées par la filiale France Télévisions Distribution (FTD), qui vend les DVD des émissions des chaînes publiques, les droits de diffusion de ces émissions à l'étranger, et accorde des licences pour des produits dérivés.

Les magistrats de la rue Cambon viennent de finaliser leur rapport. Mais la Cour des comptes comme France Télévisions refusent de communiquer ce rapport, ou même d'aborder son contenu. "Ce rapport est plutôt positif sur notre gestion", se borne à assurer FTD.

Chiffre d'affaires en chute de -40%

Mais ce rapport contiendrait aussi des critiques, notamment sur la stratégie menée par les chaînes publiques en la matière.

Ce qui ne serait guère surprenant. En effet, les résultats de FTD ont été exécrables ces dernières années. Après vingt ans de croissance ininterrompue, cette filiale a perdu 40% de son chiffre d'affaires entre 2009 et 2012. Et sa rentabilité est devenue quasi-nulle, et même négative en 2010 et 2011. 

Ces résultats avaient fini par préoccuper la direction des chaînes publiques. En 2012, lors d'un conseil d'administration de FTD, le directeur financier de France Télévisions Martin Ajdari s'était inquiété de ces pertes, soulignant que l'objet d'une filiale de diversification était quand même de contribuer positivement au résultat du groupe...

A l'extérieur, des parlementaires s'inquiètent aussi. Ainsi, il y a un an, la députée socialiste Martine Martinel rappelle au PDG Rémy Pflimlin ses propos de 2010 selon lesquels une filiale commerciale "n'a de légitimité que si elle génère des profits." 0Mais elle n'obtiendra jamais de réponse...

Objectifs non tenus

Pour aggraver son cas, FTD a aussi été incapable de tenir les objectifs qui lui ont été assignés. Ni le budget élaboré chaque année pour l'exercice à venir. Ni le plan stratégique adopté mi-2011, qui promettait un chiffre d'affaires plus important d'un bon tiers. Ni le contrat d'objectifs et de moyens (COM) passé avec l'Etat en 2011.

Ce dernier texte fixait comme objectif que "le poids des recettes de diversification dans les recettes globales de France Télévisions se rapproche du niveau qu'elles représentent pour nos homologues allemands".

Le nouveau PDG de FTD, Yann Chapellon, précisait ensuite dans une interview: "l'objectif à 2015 est que les diversifications représentent plus de 5% du budget de France Télévisions, soit un peu plus de 130 millions d'euros, ce qui nous mettra en ligne avec nos camarades de la ZDF, la télévision publique allemande". Las! Cet objectif, aujourd'hui totalement hors de portée, est désormais abandonné, et a même été retiré de la nouvelle version du COM adopté en 2013...

Interrogé, FTD répond que le budget devrait enfin être tenu en 2014, voire même légèrement dépassé pour le chiffre d'affaires.

Proche de Bruno Patino

Comment expliquer ces mauvais résultats? Interrogé, FTD met cela sur le dos de facteurs externes: "les marchés du DVD et des licences se sont effondrés".

Mais on peut se demander si cela n'est pas aussi dû à des facteurs internes. D'abord, France Télévisions a placé en 2010 à la tête de cette activité un nouveau patron, Yann Chapellon, qui n'avait aucune expérience du domaine. Mais il avait pour lui d'être un proche du directeur général délégué des chaînes publiques, Bruno Patino, avec qui il a travaillé au Monde entre 2000 et 2008.

Puis, Yann Chapellon après son arrivée, a remercié tous les membres du comité stratégique de FTD, sauf un (un autre reviendra un an plus tard). L'un d'eux contestera même -avec succès- son licenciement aux prud'hommes. "Ces départs se sont étalés entre fin 2010 et 2013, et sont des cas individuels dus à des raisons différentes", répond FTD. 

Enfin, Yann Chapellon décidera aussi de mettre fin à plusieurs partenariats historiques de FTD, comme ceux avec la Maïf ou avec Fleurus Presse, générant des litiges avec ces partenaires (cf. ci-dessous).

Toutefois, France Televisions ne semble pas faire aucun grief à Yann Chapellon de ces résultats: il vient d'être promu à la tête des activités numériques, poste qu'il cumulera avec celui de patron de la diversification...

Litige avec Fleurus Presse

Fleurus co-éditait depuis 2005 les magazines les Zouzous et le Monde des ados adaptés
des émissions du même nom. Après son arrivée, Yann Chapellon a mis fin à ce contrat pour le confier à Bayard à la grande fureur de Fleurus, qui a porté plainte contre FTD devant le tribunal de commerce de Paris. Fleurus réclamait 368.074 euros de réparation de préjudice, arguant d'une "rupture brutale" du contrat. Finalement, l'affaire sera réglée à l'amiable en 2013.

Mais il n'en sera pas de même avec Le Bon petit diable, l'éditeur qui rédigeait le magazine les Zouzous, et qui avait aussi perdu son contrat. Le Bon petit diable a lui aussi porté plainte devant le tribunal de commerce de Paris, qui finalement a condamné FTD et Fleurus à lui payer 54.800 euros en octobre 2012. 

Interrogé, Fleurus s'est refusé à tout commentaire. De son côté, FTD explique que "c'est Fleurus qui voulait passer d'un contrat de co-édition à un contrat de licence, ce dont nous ne voulions pas. Nous avons donc mis fin au contrat en respectant les préavis prévus."

Jamal Henni