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Football: la télévision vide-t-elle les stades?

La fréquentation est en baisse dans les stades de football français.

La fréquentation est en baisse dans les stades de football français. - -

Selon de récentes statistiques, les revenus des clubs professionnels issus des droits TV ont augmenté tandis que la fréquentation des stades ont suivi le chemin inverse. Aucun rapport, répond pourtant Philippe Diallo, président de l'Union des clubs professionnels français.

L’importance grandissante des revenus liés aux droits TV est-elle compatible avec des stades pleins? La question mérite d’être posée, au vu du deuxième baromètre Foot pro, élaboré par l’Union des clubs professionnels français (UCPF) et le cabinet d’études Ernst&Young. On y observe l’évolution du chiffre d’affaires lié au football professionnel entre les saisons 2008-2009 et 2010-2011. Ce dernier représente ainsi plus de cinq milliards d’euros au terme de l’exercice 2011, contre 4,6 milliards en 2009.

Mais l’on observe surtout une baisse des recettes de matchs (de 176 millions à 149 millions d’euros), conjuguée à une hausse des revenus liés aux droits TV (de 686 à 709 millions d’euros). Avec, en filigrane, la théorie suivante: plus de foot à la télévision, moins de monde dans les stades.

Car les chaînes, qu’il s’agisse de Canal Plus ou plus récemment BeIN Sport, choisissent les horaires de match en optimisant leur exposition au public. Résultat: les matchs ont maintenant lieu le vendredi à 18h45 (pour la ligue 2), et à 21 heures (le 1er match de Ligue 1). Le samedi à 17h (le deuxième match de L1), puis à 20h (six matchs de L1). Le dimanche à 14h, 17h, et 21h (tous trois des matchs de Ligue 1). N'en jetez plus! Le téléspectateur a l’embarras du choix, et le football lui est servi sur un plateau matin, midi, et soir. A se demander quel est l’intérêt de se déplacer au stade.

Le football professionnel (aussi) manque de compétitivité

Une théorie que réfute Philippe Diallo, président de l’UCPF. Ce serait même "exactement l’inverse. Plus un club est diffusé, plus cela crée une incitation à aller au stade. D’ailleurs, tous les clubs cherchent à être plus diffusés." Il avance une hypothèse comprenant plusieurs facteurs expliquent la baisse de la fréquentation. "Il y a, d’une part, un retard accumulé en matière de stades. Les spectateurs ont revu leurs exigences à la hausse avec le temps. Ils attendent plus de sécurité, plus de confort. Ensuite, il ne faut pas oublier que beaucoup de stades sont en cours de rénovation, ce qui implique la fermeture de certaines tribunes. Enfin, l’image du football doit faire l’objet d’un vrai travail. Le fameux épisode du bus (en 2010, en pleine Coupe du Monde, les joueurs de l’équipe de France avaient fait grève, ndlr) a contribué à un certain désamour vis-à-vis du football".

Une partie du problème, à en croire Philippe Diallo, pourrait être réglée par l’Etat lui-même. Car pour remplir les stades, mieux vaut une bonne équipe sur le terrain. Pour ce faire, et afin d’attirer les meilleurs joueurs dans le championnat de France, "il faut plus de compétitivité". Comprendre: une fiscalité moins lourde.

Si les annonces gouvernementales en faveur de la compétitivité ont retenu l’attention du dirigeant ("on va regarder ça de plus près"), les mesures prises en début de quinquennat lui inspirent une certaine inquiétude. "La taxe sur les salaires est passée de 13,6 à 20%. Et la taxe à 75%... On estime que 150 à 200 joueurs de notre championnat vont être concernés, c’est-à-dire 10 à 20% de l’ensemble des Français touchés par cette taxe." Et de rappeler que la filière du football professionnel génère "25 000 emplois", dont la majorité n'est pas délocalisable.

Yann Duvert