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Exclusif: Audiovisuel extérieur: victoire à la pyrrhus de Christine Ockrent

L'ancien n°2 de l'AEF réclamait 650 000 euros de dommages et intérêts

L'ancien n°2 de l'AEF réclamait 650 000 euros de dommages et intérêts - -

Le tribunal de commerce de Nanterre condamne Alain de Pouzilhac à payer un euro de dommages et intérêts à son ancien bras droit.

Le tribunal de commerce de Nanterre a rendu mercredi 12 décembre un jugement de Salomon dans le procès qui opposait Christine Ockrent à son ancien employeur, la société AEF (Audiovisuel extérieur de la France), qui regroupe RFI, France 24 et TV5. Le tribunal a condamné Alain de Pouzilhac à payer un euro de dommages et intérêts à Christine Ockrent. En revanche, il a exonéré de toute responsabilité la société AEF. Christine Ockrent sauve donc son honneur, mais obtient bien moins que ce qu'elle réclamait (650 000 euros de dommages et intérêts).

Pas de révocation déguisée

Pour le tribunal, l'ex-PDG "Alain de Pouzilhac a, par son comportement volontairement blessant à l'égard de Christine Ockrent, engagé sa responsabilité personnelle". Surtout, "Alain de Pouzilhac a commis une faute en ne proposant pas au conseil d'administration de la société AEF de statuer sur la révocation de Christine Ockrent de ses fonctions de directeur général délégué, portant ainsi atteinte au bon fonctionnement des sociétés du groupe AEF. Pareille faute commise dans le cadre de ses fonctions de directeur général engage la responsabilité d'Alain de Pouzilhac".

Rappelons que Christine Ockrent avait démissionné en mai 2011 de son poste de directrice générale déléguée de l'AEF. Un mois après, elle avait porté plainte devant le tribunal de commerce, estimant que sa démission était en réalité une révocation déguisée. Mais le tribunal ne l'a pas suivie sur ce terrain: "Christine Ockrent n'a pas été révoquée de ses mandats sociaux exercés au sein de la société AEF".

Règlement de comptes

Cette procédure devant le tribunal de commerce a donné lieu à un grand déballage entre les deux anciens dirigeants. Christine Ockrent a accusé "Alain de Pouzilhac d'avoir délibérément entretenu un lynchage médiatique à son encontre, sous couvert d'une prétendue complicité dans l'affaire [d'espionnage informatique à l'AEF], au lieu de la dédouanner", indique le texte du jugement. En particulier, la compagne de Bernard Kouchner "sera accusée d'avoir participé à l'espionnage informatique, alors que tous [les directeurs de l'AEF] savaient que tel n'était pas le cas; les fausses rumeurs conduisant au lynchage médiatique".

Pour se défendre, Alain de Pouzilhac a assuré benoîtement "n'avoir jamais accusé Christine Ockrent d'être personnellement impliquée dans l'affaire du piratage". Il a rappellé avoir même déclaré en conseil d'administration que son bras droit "n'a été impliquée en aucune façon dans cette affaire de piratage". A Christine Ockrent qui l'accuse de l'avoir "tenu à l'écart" de l'enquête sur ce piratage commandée à un expert, ainsi que de la plainte déposée au pénal, Alain de Pouzilhac assure: "c'était pour éviter de la mettre en porte à faux...".

Génération spontanée

Christine Ockrent fustige aussi "la mutinerie" des directeurs de l'AEF. En particulier, une lettre de 12 directeurs où ceux-ci "osent écrire à leur supérieur hiérarchique qu'ils refusent désormais de travailler avec elle". Selon elle, cette "vindicte interne était dûment orchestrée". En effet, cette "insubordination systématique était confortée par l'aval d'Alain de Pouzilhac", qui lui apportait "une approbation appuyée", et a même "par courriel, conforté ses salariés à la boycotter". Elle accuse notamment Alain de Pouzilhac d'avoir nommé Jean Lesieur à la tête de la rédaction de France 24 en lui "confiant la mission de régler le cas de Christine Ockrent".

Là encore, Alain de Pouzilhac assure qu'il n'y est pour rien: "la défiance des salariés n'est pas une manoeuvre de la part d'Alain de Pouzilhac, mais l'expression d'un mouvement autonome". L'ex-PDG assure avoir "été confronté à un phénomène spontané de rejet de Christine Ockrent. La fronde des directeurs de l'AEF est spontanée, et ils ont agi en toute indépendance". Selon lui, "il aurait été irresponsable de contraindre les centaines de salariés qui avaient désavoué Christine Ockrent à travailler avec elle. C'est pour cette raison qu'Alain de Pouzilhac a pris le parti des directeurs et des salariés..."

Un point d'accord

Au moins, les deux anciens dirigeants sont d'accord sur un point. Chistine Ockrent estime que "son travail a été décridibilisé en interne, par des rumeurs quant à une prétendue gestion calamiteuse de France 24". Une accusation que maintient Alain de Pouzilhac: "les dérives sociales et financières constatées fin 2010 chez France 24 sont imputables à Christine Ockrent, qui a créé 30 emplois non budgétés au priux d'un grave déséquilibre financier".

Bref, pour Christine Ockrent, sa démission a été "provoquée, recherchée et obtenue abusivement". Selon elle, Alain de Pouzilhac a été "impliqué de manière directe et avérée dans les circonstances vexatoires et attentatoires à son honneur", car il a notamment "contribué à l'acharnement gratuit de la totalité des médias à son encontre".

Rappelons que Christine Ockrent, en tant que mandataire social, ne pouvait saisir les prud'hommes, et s'est donc tournée vers le tribunal de commerce. Parallèlement, elle a porté plainte en mars 2011 pour "harcèlement moral". Elle a aussi attaqué en diffamation Marianne. Ces deux affaires sont toujours en cours. Enfin, concernant l'espionnage informatique, la plainte de l'AEF est toujours à l'instruction, mais Christine Ockrent n'a pas été interrogée, ni mise en cause dans le rapport d'enquête de la police.

Interrogés, Christine Ockrent s'est refusée à tout commentaire, et l'avocat d'Alain de Pouzilhac n'a pas répondu. Pour sa part, l'avocat de l'AEF, Me Jean-Yves Garaud déclare: "le tribunal a admis que les sociétés du groupe AEF n'avaient pas à être les victimes collatérales de ce combat des chefs".

Jamal Henni