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Euro 2016: comment l’UEFA impose sa loi

L'UEFA s'apprête à réaliser près d'un milliard d'euros de bénéfices.

L'UEFA s'apprête à réaliser près d'un milliard d'euros de bénéfices. - Fabrice Coffrini - AFP

"L’organisateur de l’événement s’apprête à réaliser environ un milliard d’euros de bénéfices sur l’ensemble de la compétition. Grâce à la bonne volonté des pouvoirs publics, mais aussi via une politique très agressive pour mettre ses partenaires dans de bonnes conditions."

Si la possibilité d’un flop retentissant n’est pas écartée pour le pays d'accueil -en l’occurrence la France - l’Euro 2016 a déjà fait un heureux. Car l’UEFA, organisateur de la compétition, se prépare à réaliser la plus lucrative opération de son histoire.

L’organe dirigeant du football européen attend ainsi près de 2 milliards d'euros de recettes pour l’événement, soit une hausse de près de 40% par rapport à la précédente édition, en 2012.

Une conséquence directe de la nouvelle formule de l’Euro imaginée par ses dirigeants, puisque 24 équipes y participeront, au lieu de 16 traditionnellement. À la clé: plus de matchs, plus de pays représentés, et donc une inflation du montant récolté en termes de droits TV. Pour l’édition 2016, l’UEFA attend en effet plus d’un milliard d’euros de la part des médias du monde entier (837 millions en 2012).

400 millions venus des sponsors

À cela, il convient d’ajouter les revenus issus des sponsors, estimés à 400 millions d’euros. Mais aussi la billetterie (pour les particuliers) et les programmes dits d’hospitalité (pour les entreprises), dont l’organisation espère tirer près de 500 millions d’euros.

Côté dépenses, incluant notamment les frais de personnel, la production média, les fan zones ou la location des stades, l’organisation de l’événement devrait coûter environ 500 millions d’euros à l’UEFA. L’association anciennement dirigée par Michel Platini reversera également une somme comprise entre 200 et 300 millions aux équipes participantes, sous forme de primes (de participation puis de résultats).

Si l’on ajoute quelques dépenses secondaires, comme la participation aux frais supplémentaires de sécurité, la dotation arrachée par les villes hôtes (20 millions d’euros), ou la solidarité envers les autres fédérations (100 millions en 2012), le montant total des dépenses ne devrait pas excéder 900 millions d’euros (800 millions en 2012).

L'UEFA ne paiera pas d'impôt

Le résultat net devrait donc se situer aux alentours du milliard d’euros, contre un peu moins de 600 millions en 2012. Une opération juteuse rendue possible par le coup de pouce des pouvoirs publics français. L’UEFA bénéficiera en effet d’une exonération fiscale presque totale: hormis la TVA, elle ne s’acquittera d’aucune taxe ni impôt sur ses activités dans l’Hexagone. Une mesure décidée par le gouvernement actuel, mais résultant d’une promesse de 2010, lors du dépôt de candidature.

La plupart des frais de sécurité, mais aussi la rénovation des stades, sont aussi à la charge de l’État ou des collectivités.

En outre, pour s’assurer des revenus confortables de la part de ses partenaires, l’UEFA n’a pas hésité à imposer ses conditions. Ainsi, les commerces situés autour des stades devront payer une redevance de 600 euros par jour pour pouvoir ouvrir les jours de match. Hors de question, également, de vendre des produits de marques venant concurrencer les sponsors officiels. L’enseigne Subway, située dans le périmètre concerné à Lille, sera donc voilée pour ne pas faire de tort à McDonald’s. Impossible, aussi, de vendre du Pepsi aux abords du stade, Coca-Cola étant un sponsor majeur de l’UEFA.

Conditions drastiques pour les commerces et les collectivités

Idem pour les partenaires habituels des différentes enceintes, qui devront disparaître au profit de ceux de l’UEFA. Même ceux dont la présence est (quasiment) gravée dans le marbre: l’Allianz Riviera de Nice sera par exemple rebaptisé "Stade de Nice" pour la durée de la compétition.

Les collectivités ne sont pas épargnées: il faudra payer pour installer un écran géant en ville, ou pour utiliser la marque Euro 2016... Dans le même temps, les frais de nettoyage ou la gestion de la circulation seront à leur charge.

Les bénéfices réalisés par l’UEFA, eux, sont "réinvestis directement dans le football afin de garantir que les générations futures puissent continuer à bénéficier d’un football pour équipes nationales passionnant et enthousiasmant", peut-on lire dans le rapport financier 2012 de l’organisation. Les investissements dans le football féminin, mais surtout le programme "hat trick" pour le développement du football font partie des projets qui bénéficieront de cette manne pour les quatre ans à venir.

Malgré tout, l’UEFA devrait aussi assurer ses arrières: l’association (à but non lucratif, faut-il le rappeler) disposait en juin dernier d’actifs équivalents à 3 milliards d’euros.