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Delphine Ernotte nouvelle patronne de France Télévisions

La directrice générale d'Orange France a été désignée présidente des chaînes publiques par le gendarme de l'audiovisuel.

Enfin! Après trois tours de scrutin, les huit sages du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) ont enfin désigné le nouveau président de France Télévisions. Il s'agit de Delphine Ernotte, directrice générale adjointe d'Orange. 

Expérience limitée

Un choix encore plus surprenant que la désignation controversée de Mathieu Gallet à la tête de Radio France il y a un an. D'autant que les difficultés rencontrées par Mathieu Gallet plaidaient plutôt pour la nomination d'un profil consensuel et expérimenté...

Au contraire, le CSA a choisi une centralienne qui a effectué toute sa carrière au sein d'Orange, et n'a donc aucune expérience des médias. Il faut dire que la plupart des candidats connaissant l'audiovisuel, notamment public, avaient précédemment été éliminés par le CSA. "Le processus semble avoir été construit pour aboutir au choix d'Ernotte. En particulier, l'élimination des gros calibres ne laissait en lice que que des calibres moyens, parmi lesquels Ernotte pouvait plus facilement se détacher", analyse un recalé. "Le CSA doit penser que moins le patron de France Télévisions connaît l'audiovisuel, moins ce patron sera en mesure de tenir tête au CSA", suppose un autre.

Côté social, le syndicat CGC a d'ores et déjà critiqué Delphine Ernotte pour son rôle dans la crise des suicides chez Orange. Précisément, de 2006 à 2009, Delphine Ernotte était la subordonnée directe de Louis-Pierre Wenes, qui était alors le patron d'Orange France. Cet autre centralien l'avait repérée et promue comme directrice de la communication commerciale et du sponsoring pour la France, puis directrice commerciale pour la France.

Or Louis-Pierre Wenes est accusé d'être à l'origine de la crise des suicides. Précisément, c'est sous son magistère que les cadres ont été financièrement incités à réduire leurs effectifs en poussant les salariés au départ. Toutefois, Delphine Ernotte n'a jamais été mise en examen dans cette affaire, contrairement à Louis-Pierre Wenes.

Faire de la place chez Orange

Selon des sources concordantes, le PDG d'Orange Stéphane Richard aurait soutenu dès le départ la candidature de Delphine Ernotte. Mais voulait-il avoir un allié à la tête de la télévision publique? Ou plus probablement libérer sa place chez Orange? 

En tous cas, moins d'une heure après l'annonce du CSA, Stéphane Richard a publié un communiqué pour la "féliciter chaleureusement"... Et accessoirement annoncer qu'il reprendrait lui-même les fonctions de Delphine Ernotte dès lundi prochain, alors que Delphine Ernotte ne prendra ses nouvelles fonctions que le 22 août... 

Réseaux à gauche

Delphine Ernotte connaît assurément mieux le théâtre, grâce à son mari, le comédien Marc Ernotte, dont elle a mis en scène une pièce, Sceptik, en 1997. Elle connaît aussi la photo: elle est présidente de l'école d'Arles, où, ironie de l'Histoire, elle a succédé à un certain... Patrick de Carolis.

Ses réseaux sont plutôt à gauche. Comme l'indique Puremedias, sa soeur Marie-Christine Lemardeley est élue socialiste à Paris, ce qui lui permet de connaître Anne Hidalgo. Parmi ses quelques connaissances dans l'audiovisuel figure la productrice Fabienne Servan-Schreiber, épouse à la ville de l'élu socialiste Henri Weber. Selon la presse, Delphine Ernotte aurait aussi été aidée dans sa campagne par deux bons connaisseurs de l'audiovisuel travaillant aujourd'hui chez Orange, Xavier Couture et David Kessler (ancien conseiller culturel de François Hollande à l'Elysée).

Enfin, elle s'est aussi appuyée sur les communicants Anne Hommel (conseil de DSK, Jérome Cahuzac...) et Denis Pingaud (qui a conseillé Mathieu Gallet dans sa campagne victorieuse pour Radio France).

La Lettre A affirmait aussi qu'elle était soutenue par Pascal Houzelot, qui dément formellement: "je ne l'ai jamais rencontrée de ma vie, et je n'ai aucun contrat avec Orange".

Un choix laborieux

Rappelons que le 26 mars, 33 candidats avaient déposé leur candidature. Puis le 15 avril, sept finalistes avaient été retenus: Delphine Ernotte, Pascal Josèphe (ex-France Télévisions), Nathalie Collin (la Poste), Cyrille du Peloux (Veolia), Robin Leproux (ex-M6), Christophe Beaux (Monnaie de Paris), et bien sûr le président sortant Rémy Pflimlin. Ces sept finalistes ont été auditionnés mardi 21 et mercredi 22 avril.

Un premier vote a eu lieu mercredi 22 avril en fin d'après midi, où Delphine Ernotte a obtenu quatre voix sur huit, dont apparemment celle du président Olivier Schrameck. Pascal Josèphe a obtenu trois voix, et Rémy Pflimlin une voix.

Un second vote a eu lieu jeudi matin où les voix se sont réparties à égalité entre Delphine Ernotte (4 voix) et Pascal Josèphe (4 voix). Le CSA a donc déclaré dans un communiqué jeudi midi qu'il allait auditionner à nouveau ces deux candidats jeudi après-midi pour sortir de l'impasse. Selon certaines sources, le CSA aurait tenté -mais en vain- de marier les deux candidats.

Lors du troisième tour, Delphine Ernotte aurait enfin obtenu les cinq voix nécessaires.

Rappelons que le président Olivier Schrameck ne dispose pas d'un droit de vote double.

La CFDT tire à boulets rouges sur le CSA

Jeudi midi, la CFDT de France Télévisions a publié un communiqué très critique vis-à-vis du CSA. Le syndicat fustige "une situation surréaliste" et "une consternante pièce de théâtre absurde", où "le CSA est au bord du ridicule". Le communiqué ajoute: "pour être élu par le CSA à la tête de Radio France ou France Télévisions, mieux vaut donc n’avoir aucune expérience, mais quelques bons soutiens dans la coulisse. Pour la transparence promise par la gauche, on repassera. On a vu avec Mathieu Gallet combien la nomination d’un PDG qui manque d’expérience peut être périlleuse".

La CFDT conclut: "aujourd’hui, le CSA, son président en tête, serait prêt à retenter l’aventure. Déjà, la sélection des candidats en finale à de quoi étonner. On n’est pas loin du scandale! Des candidats, sans aucun doute pas les plus incompétents, écartés sans qu’on trouve une quelconque logique. Écartés sur dossier? Mon oeil! Qui pourra nous faire croire que, par exemple, Marie-Christine Saragosse (France Média Monde) ou Emmanuel Hoog (AFP) ne méritaient pas, au moins, une audition, eux dont le métier est l’audiovisuel? Qui pourra nous faire croire que Christophe Beaux ou Nathalie Collin ou Delphine Ernotte méritent d’être retenus, eux qui n'ont pas d’expérience dans le métier?"

Jamal Henni