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Comment les professionnels du voyage font face au virus Zika

Go Voyages, Corsair et Air Caraïbes viennent d’annoncer qu’elles autorisaient les femmes enceintes et les personnes inscrites sur le même dossier à reporter ou annuler sans frais leurs déplacements vers la Martinique et la Guadeloupe.

Go Voyages, Corsair et Air Caraïbes viennent d’annoncer qu’elles autorisaient les femmes enceintes et les personnes inscrites sur le même dossier à reporter ou annuler sans frais leurs déplacements vers la Martinique et la Guadeloupe. - Luis Robayo - AFP

Le virus Zika cause des malformations fœtales et inquiète les femmes enceintes. Les ministères des Affaires étrangères et de la Santé conseillent de reporter les voyages quand celui de l’Outre-Mer réclame plus de sang-froid.

Les Antilles, ses plages, ses fleurs, ses sourires et… les moustiques. Voilà le tableau dressé depuis la propagation du moustique-tigre porteur du virus Zika. Venus d’Amérique latine, ces insectes ont déjà commencé à traverser l’Océan et, avant d’arriver sur le Continent, où quelques cas ont déjà été décelés, ils ont fait une halte dans les Caraïbes et déjà, les vacanciers qui prévoyaient de quitter la grisaille pour le soleil des Antilles s’inquiètent. Parmi eux, les femmes enceintes sont les premières à s’alarmer.

À l’inverse de la Dengue ou du Chikungunya, Zika présente peu de risques pour la plupart des gens, mais il provoque des malformations fœtales et les autorités ont commencé à alerter sur ces risques. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) et les ministères de la Santé et des Affaires étrangères conseillent aux personnes qui attendent un enfant d’éviter de se rendre aux Antilles.

Sur son site, le Quai d’Orsay incite clairement les "femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse à envisager un report de leur séjour ou de consulter préalablement un médecin pour être informées des complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika." Une recommandation, pas une interdiction formelle.

Les demandes d'annulation sont encore rares

Peut-on pour autant annuler son voyage prévu pour les vacances de février ou de Pâques, sans payer de pénalités? Sur le site Que Choisir, plusieurs personnes partagent leur expérience et visiblement, les choses ne sont pas si simples.

"J'ai contacté Visa Premier qui m'a dit qu'ils n'assuraient pas le 'risque' et ils n’étaient pas du tout au courant de la situation", indique une femme enceinte. "VISA n'est pas le seul à réagir ainsi, la compagnie aérienne ainsi que le comparateur de vol Go Voyages ont également annoncé qu'ils n'avaient aucune consigne commerciale".

Autre cas, celui de ce couple parisien qui a prévu de se rendre au Brésil début mars. "Je suis enceinte de 4 mois et demi. Voyage payé avec AMex Air France Gold, ils refusent de nous rembourser, car nous ne sommes pas mariés !!!! J'ai proposé une déclaration de paternité anticipée faite à la mairie pour prouver notre lien (on rêve !!!) ils ne l'acceptent pas !"

En effet, malgré la situation, rien n’oblige encore personne à rembourser un séjour, comme nous l’a expliqué le service juridique d’AirHelp, une agence spécialisée dans l’aide aux passagers. "Si la compagnie ou l’agence sont responsables de la situation, elles doivent le faire, mais dans ce cas précis, les choses sont plus complexes."

Pour la loi, les choses sont claires. "Si le ministère des Affaires étrangères dissuade les touristes de se rendre dans ce pays, on peut invoquer la force majeure pour annuler un voyage. Dans ce cas, l’agence doit vous rembourser les sommes avancées et ne peut exiger de pénalités."

Sinon, il faudra espérer un geste commercial, ce que commencent à faire quelques professionnels.

Les compagnies aériennes prennent les devants

Le couple parisien a reçu un message de TAP Portugal leur proposant "éventuellement un avoir (de 1 an), mais rien de sûr". Corsair et Air Caraïbes sont plus clairs. Elles autorisent les femmes enceintes et les personnes inscrites sur le même dossier à reporter ou à annuler sans frais leurs déplacements vers la Martinique et la Guadeloupe. Air France a seulement indiqué que les vols vers les Antilles étaient maintenus.

Go Voyages a aussi décidé de tenir compte de l’inquiétude des personnes concernées. "Les clients ne sont pas responsables de la situation. Nous avons donc décidé d'autoriser les personnes concernées à reporter ou annuler si la compagnie aérienne l'autorise", nous indique Bertrand Cognard, responsable de la communication du voyagiste. Il précise toutefois que "pour le moment, nous n’avons reçu qu’une seule demande". Son concurrent Booking ne désire pas s’exprimer sur le sujet.

Pour l’OMT (Organisation mondiale du tourisme) qui suit l’évolution de cette situation, l’heure n’est pas à l’affolement. Elle "ne préconise aucune restriction", et signale qu’il est "trop tôt pour apprécier le risque, sachant que la situation ne cesse d’évoluer".

Le sang-froid est aussi la position adoptée par la ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin pour qui "il n'y a pas des solutions aussi drastiques (à prôner) que de dire 'n'allez pas dans les Antilles-Guyane'", comme l’a préconisé la ministre de la Santé. "On suspecte un risque de malformations pour les bébés. Donc c'est vrai qu'il faut être prudent, mais à mon sens une femme (enceinte) qui met du produit antimoustique, qui dort avec une moustiquaire ou avec une clim' fraîche, elle a un risque très limité", a-t-elle déclaré sur Sud Radio et Public Sénat.

George Pau-Langevin a également signalé que "la Réunion [n'était] absolument pas concernée". L’île de l’Océan Indien deviendra-t-elle le paradis des femmes enceintes le temps d’une saison?

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco