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Comment les petites écuries de F1 peuvent-elles survivre?

La Lotus de Romain Grosjean.

La Lotus de Romain Grosjean. - Mal Fairclough - AFP

La saison 2015 débute ce dimanche 15 mars avec le top départ du Grand Prix d'Australie. La discipline reine du sport automobile peine toujours à trouver un modèle économique qui épargne les équipes de fond de grille. Comment y arriver? Eléments de réponse avec Paolo Aversa, chercheur à la Cass Business school de Londres...

La Formule 1 reprend ses droits. Ce dimanche 15 mars, le coup d'envoi de la saison 2015 de la discipline reine du sport automobile sera donné lors du Grand Prix d'Australie.

Si certaines équipes paient des dizaines de millions de dollars leurs pilotes, d'autres luttent pour boucler leurs budgets. Et parfois échouent. L'an dernier, deux équipes de fond de grille, Caterham et Marussia ont été obligées de se déclarer en cessation de paiement.

Si la dernière citée a pu s'en sortir, renaissant sous le nom de Manor Marussia, Caterham n'a pas eu cette chance. Et même cette année, Manor Marussia et, dans une moindre, mesure d'autres équipes telles que Sauber et Lotus ne sont pas assurées d'avoir les moyens financiers nécessaires pour être performantes. Comment ces petites équipes peuvent-elles alors survivre en F1? 

Red Bull comme exemple

Dans une étude (ou plus exactement un document de travail ou "working paper") qui sera prochainement présentée lors de conférences internationales, Paolo Aversa, Santi Furnari et Stefan Haefliger, tous les trois chercheurs à la Cass Business School de Londres, apportent des éléments de réponse.

En basant leur étude sur 28 écuries concourant sur les saisons allant de 2005 à 2013, ils observent que les équipes les plus performantes ont développé conjointement deux activités: la fourniture de technologies à des écuries concurrentes et la formation de jeunes talents.

Le meilleur exemple, cité dans leur document, est Red Bull qui a à la fois fourni le châssis et les pilotes de son académie à une écurie sœur plus modeste, Toro Rosso. Résultat: les quatre couronnes mondiales (2010-2013) de Sebastian Vettel, un pilote passé par l'école Red Bull et qui a commencé à piloter chez Toro Rosso.

Paolo Aversa, l'un des chercheurs, nous explique en quoi la généralisation de ce modèle peut, à terme, sauver les petites écuries. Interview...

> Les résultats de votre étude semblent surtout s'appliquer aux grandes écuries; mais n'élude-t-elle pas la question des plus petites équipes?

"Non au contraire. Notre étude met en lumière un modèle économique qui est important pas seulement pour les performances en course des top-teams mais aussi parce que- avec l'implantation d'un système de rémunération financière- il peut potentiellement assurer la pérennité des "petites équipes". Ce qui est d'ailleurs l'un des principaux problèmes auxquels fait face la F1 étant donné que la répartition actuelle des revenus entre les écuries ne risque pas d'être changée aussi longtemps que Bernie Ecclestone (le grand argentier de la F1, ndlr) restera en fonction".

> Comment cela est-il possible?

"Les petites équipes pourrait en fait aider les grandes à entraîner leurs futurs champions, en les mettant en situation de compétition. Il faut bien voir que pour les grandes écuries, faire commencer directement leurs pilotes, sans passer par une autre équipe plus modeste, peut être très risqué. En échange, les écuries de fond de grille obtiendraient des compensations financières ou des rabais significatifs sur les technologies qui leur sont fournies par les top teams. L'un des problèmes principaux de ces équipes est qu'elles doivent débourser entre 20 et 30 millions de dollars pour un moteur (*).

Pour les grandes équipes, l'avantage est que leurs pilotes "junior" peuvent déjà être exposés à la technologie de leur écurie mère, et qu'ils sont ensuite plus aptes à comprendre ces technologies lorsqu'ils retournent ensuite dans leur équipe d'origine. C'est le cas d'Esteban Gutierrez (l'an passé ce pilote a concouru pour Sauber, qui était motorisée par Ferrari, et est désormais le troisième pilote de l'équipe italienne, ndlr).

> Pourtant Marussia a passé des accords similaires avec Ferrari, en enrôlant notamment Jules Bianchi, issu de l'école de pilotage de l'écurie italienne. Cela ne les a pas sauvés...

C'est parce que les structures pour entraîner les pilotes au sein des petites équipes doivent être davantage développées et intégrées. Ces écuries doivent se doter de véritables infrastructures d'entraînement et pas juste offrir un baquet payant à des pilotes aux poches pleines. Une fois que les structures de ces équipes auront prouvé leur compétence et leur efficacité, ces écuries pourront demander de plus grosses compensations financières aux "top teams". Et ainsi se doter d'une source de revenus conséquente dans leurs bilans. Cela devrait leur permettre au final d'assurer leur pérennité financière à plus long terme.

> Pensez-vous néanmoins qu'une écurie comme Manor Marussia, ou même plus ambitieuse comme McLaren, qui n'est pas un constructeur automobile, peuvent imiter Red Bull?

Manor devrait rester une petite équipe qui servirait de soutien à une plus grande (comme Ferrari par exemple). Mais McLaren est une écurie très expérimentée qui pourrait clairement étendre son activité à la formation de jeunes talents et collaborer avec Honda pour créer un business model commun qui fournirait des technologies à d'autres équipes. De plus, McLaren pourrait peut tout à fait autre chose que des moteurs.

(*) Mercedes et Ferrari ont à la fois leur propre équipe et fournissent les moteurs de nombreuses autres écuries du plateau, moyennant finance.

Julien Marion