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Cinéma: le réalisateur de "The Artist" dénonce "les dérives" du modèle français

Michel Hazanavicius en octobre 2012 lors des rencontres de Dijon organisées par l'ARP

Michel Hazanavicius en octobre 2012 lors des rencontres de Dijon organisées par l'ARP - -

Michel Hazanvicius estime qu'une "bulle inflationniste" s'est formée dans le financement du cinéma français, bulle qui va bientôt exploser...

Le modèle économique du cinéma français est à nouveau critiqué de l'intérieur, cette fois par le réalisateur Michel Hazanavicius, président de la société civile des Auteurs réalisateurs producteurs (ARP), qui "dénonce une dérive de ce système si vertueux qui est train de se gangrener".

Dans une tribune publiée samedi 4 mai par Le Monde, il explique: "avec plus de 200 films français par an et plus de 200 millions d'entrées en 2012, le cinéma a atteint des résultats jamais égalés depuis les années 1960".

Mais "notre système de financement connaît aujourd'hui une bulle inflationniste particulièrement dangereuse en période de crise économique. Cette inflation est notamment due à un non-partage des recettes. Le fait que les gens qui fabriquent les films – réalisateurs, auteurs, acteurs, techniciens, et producteurs dans certains cas – ne soient plus intéressés financièrement au succès des films provoque des comportements qui pervertissent le système. Tous préfèrent gagner de l'argent en amont de la sortie, sur le financement et la fabrication même du film, puisque l'espoir d'en gagner dans la phase d'exploitation est quasi nul dans l'immense majorité des cas".

"Bulle qui va exploser"

Le réalisateur de The Artist ajoute: "le jeu, pour certaines productions, devient d'une part de gonfler les devis pour récupérer le maximum d'argent pendant le financement; d'autre part de dépenser le minimum de cet argent pendant la fabrication – entraînant ainsi le sous-paiement des techniciens, la délocalisation, la fabrication au rabais, etc. –; et enfin de produire un maximum de films, quelle que soit la qualité des scénarios en cours... La qualité des films en fait souvent les frais. Nous sommes dans une industrie où le succès public n'étant plus une condition pour gagner de l'argent, on n'hésite pas à sacrifier certains films, créant ainsi une bulle qui est en train d'enfler et qui ne devrait pas tarder à exploser".

Michel Hazanavicius critique aussi les chaînes de télévision, qui délaissent "la prise de risque", entraînant "une concentration de plus en plus importante des financements, créant une radicalisation du marché, et par là même participant à l'inflation des budgets".

Bruxelles critiqué

La Commission européenne en prend aussi pour son grade, et notamment son "hyperbienveillance fiscale vis-à-vis des géants du numérique", et son président José-Manuel Barroso, qui "n'a pas peur de demander à faire entrer la culture dans le champ des négociations des accords commerciaux entre les Etats-Unis et l'Europe, bafouant ainsi ce qui est l'essence même de l'exception culturelle".

En conclusion, Michel Hazanavicus reprend les solutions proposées de longue date par l'ARP. D'abord, "renégocier" les obligations de financement des chaînes de télévision. Ensuite, mettre à contribution les acteurs de l'Internet. En outre, "intégrer sereinement" les nouveaux acteurs de la vidéo-à-la-demande dans la chronologie des médias. Enfin, ouvrir des "discussions" associant toute la filière sur le partage des recettes.

Jamal Henni