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Ces montres suisses qui finissent dans les "solderies" de luxe

Un horloger digne de ce nom ne solde jamais. Il cède ses invendus à un spécialiste du déstockage.

Un horloger digne de ce nom ne solde jamais. Il cède ses invendus à un spécialiste du déstockage. - Fabrice Coffrini - AFP

Les maîtres horlogers suisses ne sont pas à la fête. En 2014, les invendus ont atteint des niveaux record et les professionnels font appel à des spécialistes du déstockage pour limiter la casse. Et 2015 ne s'annonce pas mieux.

Il n’est pas passé inaperçu lors de son passage en Suisse. Comme le présente le journal Le Temps, Maurice Goldberger, patron de Chiron, est celui que les horlogers de luxe appellent pour écouler leur stock d’invendus. Tout le monde le connaît, mais personne n’aime être vu en sa présence.

Depuis l’an dernier, il fait le tour des grandes capitales pour aider les marques à liquider leurs invendus. Direction les sites de déstockage en ligne ou les magasins spécialisés dans la vente à prix cassé. D’où ses deux surnoms: le liquidateur ou le nettoyeur.

Des rabais de 50 à 70%

Ce professionnel, qui ne porte ni montre ni bijoux, a indiqué au site suisse avoir racheté l'an passé pour un demi-milliard d’euros de joaillerie et de montres dont 30% de produits d’horlogers, soit 150 millions d’euros. Un montant dépassant ce qu'il avait acheté lors de la crise de 2008/2009.

Concurrence des montres connectées? Hausse brutale du cours du franc suisse? Sans s'avancer sur les causes des méventes de l'horlogerie suisse, Maurice Goldberger constate que les professionnels se sont adaptés aux aléas du marché: "L’industrie suisse agit de manière rationnelle, [les] montres qui ne trouvent pas preneur ne sont conservées que quelques mois, non plus plusieurs années, comme c’était le cas auparavant."

Autre nouveauté, les stocks ne s'accumulent plus chez les fabricants mais chez les distributeurs et dans les boutiques. "Le problème est que les détaillants n’arrivent plus à placer leurs nouveautés en boutique." souligne le parton de Chiron. Mais pour faire de la place, il n'est pas question de solder. Ce n'est pas la tradition dans ce secteur. Il faut donc s'en remettre à Maurice Goldberger qui va le revendre aux professionnels des "braderies" de luxe. Une fois chez eux, des montres qui coûtaient plusieurs milliers d'euros s'affichent avec des rabais de 50 à 70%.

Pour 2015, il faut s'attendre à une croissance zéro

Au-delà de ces braderies sur lesquelles les professionnels restent discrets, la situation a contraint de grandes marques à prendre des mesures sociales. Comme le signale La Tribune de Genève, les horlogers ont dû licencier ou relocaliser leur production pour alléger leur coûts.

"La marque horlogère neuchâteloise Ulysse Nardin a procédé fin mai à 26 licenciements sur quelque 320 collaborateurs sur ses sites de La Chaux-de-Fonds et du Locle. Bulgari Horlogerie va relocaliser un de ses deux sites de La Chaux-de-Fonds", indique le site. L’Unia, le plus important syndicat suisse, assure que cette tendance va encore s’accentuer. Le syndicat précise même que la situation est pire qu'on ne le dit, car les statistiques officielles ne prennent pas en compte les licenciements de travailleurs frontaliers/

Quelques observateurs du secteur tente d’atténuer les faits. Pour Romain Galeuchet, responsable de la communication à la Convention patronale de l'industrie horlogère suisse, "on ne peut pas faire de généralisation, la situation est très différenciée selon les secteurs d'activité". Selon lui, 2015 ne sera pas pire que 2014, mais il ne faut pas pour autant s’attendre à des miracles. "On s'attend à une croissance zéro."

L'avis est partagée par René Weber, analyste à la banque Vontobel. "Le temps où l'industrie horlogère recrutait à tour de bras est révolu. On n'atteindra plus une croissance des exportations à deux chiffres."

Pascal Samama