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Bientôt un Wired à la française?

Des déclinaisons de "Wired" existent déjà dans cinq pays

Des déclinaisons de "Wired" existent déjà dans cinq pays - Richard Barrett-Small Wikimedia Commons cc

Condé Nast, propriétaire du mythique magazine américain, réfléchit au lancement d'une version française, tandis qu'un projet rival est étudié par Jacques Rosselin.

Il y a quinze ans, la première bulle internet avait donné naissance à moult journaux spécialisés: Transfert, Newbiz, le Nouvel hebdo... Mais aucun n'a survécu.

Quinze ans plus tard, de nouvelles vocations apparaissent, mais plus prudemment. L'éditeur américain Condé Nast réfléchit depuis longtemps à une version française de Wired, magazine mythique qu'il a racheté il y a dix ans, puis décliné dans quatre pays (Japon, Grande Bretagne, Allemagne, Italie). En novembre, la filiale française de Condé Nast envisageait d'investir "plusieurs millions d'euros" dans un lancement "au second semestre 2016". Aujourd'hui, l'éditeur indique qu'une décision sera prise "avant ou après l'été" après la réalisation d'un numéro zéro.

Transfert, Owni et Actuel pour références

Mais Wired fait aussi partie des inspirations d'un autre projet, porté par Jacques Rosselin. Le créateur de Courrier international, Canal Web et Vendredi Hebdo envisage un lancement à "l'automne 2016". Son média sera à la fois papier et numérique, avec une partie payante et une partie gratuite. Objectifs: "Lever un à deux millions d'euros" et conquérir "20 à 25.000 abonnés" pour faire vivre "une équipe de moins de 10 personnes". Outre Wired, les références sont Transfert, Owni et Actuel. Jacques Rosselin compte d'ailleurs s'appuyer sur plusieurs anciens de ces journaux, comme Jean-Marc Manach, Grégory Fabre ou Ariel Kirou.

"L'idée est de faire une sorte de Wired plus politisé, explique Jacques Rosselin. L'objectif est d'expliquer les enjeux numériques au citoyen afin qu'il puisse se les réapproprier, se forger son opinion, et se défendre face aux géants du net. Nous pensons que le numérique doit être au service du citoyen, et non l'inverse. Et qu'il y a un créneau pour une approche lucide mais critique du numérique, car aujourd'hui le traitement est soit paranoïaque, soit béat et enthousiaste. Par exemple, sur la loi sur le renseignement, beaucoup de médias étaient dans la critique radicale, alors qu'il aurait fallu avoir une position plus nuancée visant à ouvrir le débat".

Rendez-vous à l'automne pour voir quel projet arrivera à terme... 

L'Ecole française du journalisme relancée

Parallèlement au Wired à la française, Jacques Rosselin mène depuis septembre une autre mission: directeur de l'EFJ (Ecole française du journalisme), qui vient d'être rebaptisée Ecole du nouveau journalisme. Jacques Rosselin veut former des "journalistes numériques, qui maîtrisent le son, l'image et les réseaux sociaux": "Nous formons les étudiants à tourner des reportages équipés uniquement de téléphones mobiles, et à les monter en une demi-heure. Nous avons aussi créé une newsroom, où les étudiants produisent des sujets comme dans une salle de rédaction".

L'EFJ, qui recrute des bacheliers ou des bac +2, dure trois ans, et coûte 6.300 euros par an. Les promotions sont de 50 élèves. 

L'EFJ appartient au Groupe des Ecoles Denis Huisman, qui comprend deux autres écoles privées: une école de communication (Efap) et une école de management culturel (Icart). Le groupe a été racheté l'an dernier par Amin Khiari (ancien directeur général du pôle universitaire Léonard de Vinci) et le fonds d'investissement Platina.

Jamal Henni