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Adidas paie le changement de politique du comité olympique et sportif français

Adidas n'est plus l'équipementier exclusif du sport olympique français.

Adidas n'est plus l'équipementier exclusif du sport olympique français. - -

Coup dur pour l'équipementier. La marque à trois bandes fait les frais d'un nouvel appel d'offres lancé par le Comité national olympique et sportif français, sur fond d'élections à sa tête.

La fidélité ne paye pas toujours. Depuis 1976, Adidas est l’unique équipementier des équipes de France olympiques. Seulement, après les JO de Londres, le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) a décidé de rebattre les cartes, en effectuant un nouvel appel d’offres. Avec une différence notable: un morcellement de l’offre en plusieurs lots. Chaque fédération pourra maintenant choisir son équipementier pour la compétition, mais aussi pour les cérémonies protocolaires, ou pour l’entraînement.

La fédération d’athlétisme a ainsi délaissé son partenaire historique pour le japonais Asics. Dans ce cas précis, Adidas affirme n’avoir pas voulu surenchérir, parlant d’un "montant irraisonnable". D’autres fédérations phares comme le handball, même déstabilisée par l’affaire des paris, sont en train de renégocier avec Adidas. Le basket aussi semble définitivement perdu pour la marque à trois bandes, et devrait passer sous la coupe de Nike.

Le Comité national olympique et sportif français pourrait tripler ses revenus

Pourquoi avoir ainsi changé la donne du côté du CNOSF? Les raisons sont multiples. D’une part, les élections à sa tête approchent à grands pas. Denis Masseglia, l’actuel président, a donc tenu à marquer le coup, en affichant des comptes propres et des recettes à la hausse, d’autant que les subventions publiques fondent comme neige au soleil.

Auparavant, le CNOSF avait comme seul interlocuteur Adidas, qui raflait chaque appel d’offre. L’équipementier lui versait 3,2 millions d’euros pour un cycle de quatre ans, dont 1,6 était reversé aux fédérations. Avec ce nouveau système, le CNOSF espère récupérer 4,5 millions d’euros. Les fédérations, elles, recevraient directement un montant négocié avec les équipementiers (sûrement supérieur à 1,6 millions d’euros). La manœuvre pourrait donc permettre au comité de tripler quasiment ses gains, et aux grandes fédérations de les augmenter sensiblement.

Gagnant-gagnant donc, sauf pour Adidas, clairement victime de ces nouvelles règles du jeu. Interrogée, la marque dit "respecter le choix du comité", et devrait se recentrer sur des sports précis. Elle n’a toutefois pas souhaité dévoiler lesquelles, les négociations étant en cours.

La jurisprudence Nike

D’autre part, le précédent survenu lors de la prise de pouvoir par Nike du football, lors du renouvellement du contrat d’équipement, a échaudé les dirigeants du CNOSF. Le groupe américain avait à l’époque accepté de payer plus –bien plus- qu’Adidas avec, comme contrepartie, une clause d’exclusivité.

Problème: pour les Jeux Olympiques de Londres, l’équipe féminine portait des maillots Adidas, car cette compétition était du ressort du CNOSF, encore en partenariat avec la marque. Les intérêts des deux géants se heurtant de front, l’imbroglio avait fait l’objet d’âpres négociations entre Noël Le Graet, président de la FFF, et Denis Masseglia. Lequel, à l’époque, n’avait pas cédé d’un pouce, refusant même que la FFF paye une éventuelle pénalité à Adidas à la place du CNOSF.

Au final, c’est la FFF qui avait dû verser officiellement une pénalité de 5 millions d’euros à Nike. Mais dans les coulisses, il se murmure qu’il s’agirait plutôt de 10 millions. C’est donc aussi pour éviter un tel scénario que le CNOSF tient à ne plus donner d’exclusivité. Même si l’histoire d’Adidas avec le sport olympique français n’est pas finie, cette dernière a tout de même pris du plomb dans l’aile.

Yann Duvert