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Coronavirus: les pharmacies ciblées par des arnaques à la vente de masques

Depuis le début de la crise sanitaire, les professionnels de santé sont démarchés par des escrocs qui tentent de leur vendre des masques respiratoires en empruntant le nom de fournisseurs. Les commandes, elles, n'arrivent jamais.

Les escrocs profitent de la crise sanitaire pour faire tourner leur business. Alors que les masques manquent cruellement depuis le début de l'épidémie de coronavirus, nombreuses sont les pharmacies à être sollicitées par des démarcheurs qui empruntent les noms de fournisseurs et fabriquent de faux documents de conformité pour vendre des masques qui n’arriveront jamais. 

Dans le 5e arrondissement de Paris, Michel, pharmacien, a vu sa boite mail inondée de publicités qu’il a pris l’habitude de supprimer: "Ce sont des gens que je ne connais pas. Ce ne sont pas mes fournisseurs habituels qui disent plutôt qu’il n’ont pas de masques. Et ces gens qui viennent de nul part nous disent ‘Vous en voulez combien? 50.000? 100.000?’. Certains de mes confrères ont mordu à l’hameçon et n’ont jamais rien reçu", explique-t-il. 

Fin mars, un grossiste en produits pharmaceutiques à Rouen et un pharmacien installé à Strasbourg ont tous deux été victimes de ce type d’arnaque. Leurs commandes ne sont jamais arrivées. Le préjudice a été estimé à 6 millions et 70.000 euros. 

Usurpation

Les professionnels de santé visés reçoivent des offres proposant toutes sortes de masques à toutes sortes de tarifs alors que "les prix ont été multipliés par 3,4 voire 5 au gré de la demande et ce sont des prix largement supérieurs aux prix habituels du marché", souligne Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français. 

A Reims, le laboratoire pharmaceutique Creapharm a été victime d’un usurpateur la semaine dernière. Ce dernier a emprunté son nom et imité ses bons de commandes pour démarcher des milliers de pharmaciens. Sur la publicité envoyée aux officines, des signes pouvaient néanmoins mettre la puce à l’oreille:

"Le logo n’a pas les bonnes proportions, les numéros de téléphone ne sont pas bons, l’adresse mail est fausse…", liste Eric Placet, PDG de Creapharm. Prévenu par plusieurs professionnels de santé, le dirigeant d’entreprise a immédiatement alerté la police et se dit prêt à porter plainte. 

Plus de 800 signalements

Nous avons contacté l’un de ces démarcheurs, un Français installé à Hong Kong qui vend des lots de 50.000 masques chirurgicaux, payables d’avance. "Malheureusement oui, il faut payer le fournisseur avant. Il préfère se protéger de potentiels clients arnaqueurs", indique-t-il.

Interrogé sur les garanties qu'il apporte de son côté pour prouver l'authenticité de son offre, il répond: "C’est souvent les questions que l’on nous pose. C’est notre bonne foi. C’est la confiance que vous pouvez avoir en nous". Pour prouver son honnêteté, ce démarcheur nous a fait parvenir des certificats de conformité datés du mois de mars, lesquels sont néanmoins difficile à authentifier. 

Contactée, la répression des fraudes affirme avoir reçu plus de 800 signalement en deux mois concernant de potentielles arnaques liées au coronavirus. Fort heureusement, les arnaqueurs ne restent pas toujours impunis. Deux Françaises suspectées d'être à l'origine d’une escroquerie à la vente de masques FFP2 et de gel hydroalcoolique sur le territoire français ont été arrêtées il y a quelques jours en Israël. Lors de leur arrestation, elles étaient "en possession du téléphone servant à démarcher en France (des) entreprises ciblées pour leur possible besoin en masques, en cette période de pandémie au Covid-19", a précisé le procureur. 

Antoine Forestier avec Paul Louis