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Coronavirus: comment les esthéticiennes préparent la réouverture des instituts de beauté

Les professionnels de l’esthétique espèrent rouvrir leurs instituts dès le 11 mai. Mais cette réouverture passe par la mise en place d’un protocole sanitaire très complexe.

Après un rendez-vous chez le coiffeur la semaine du 11 mai, pourquoi ne pas programmer une manucure ou un soin du visage? Les Français et les Françaises y pensent sérieusement. Depuis la semaine dernière, les réservations en ligne ont bondi auprès des instituts de beauté et spa: +39% chaque semaine, selon Treatweel, l'un des leaders de plateformes de réservation en ligne. Avec en tête des prestations réservées, l’épilation intégrale du maillot et la manucure semi-permanente.

Beaucoup de réservations pour la semaine du 11 mai

Dans le spa parisien Bulle de Plaisir, l’agenda des premiers jours de la semaine du 11 mai affiche déjà complet. "Nous avons envoyé aux clientes les plus fidèles de l’institut une campagne de sms, en leur disant que nous étions sûres d’ouvrir le 11, explique à BFMTV la directrice Stéphanie Phelep. En 24 heures, nous avions déjà 30 rendez-vous".

Si les clients, femmes comme hommes, sont impatients de se faire chouchouter, rouvrir les instituts de beauté demande de nombreuses adaptations dans la réalisation des soins et prestations.

Un protocole sanitaire en cours de validation

Comme toutes les branches, les professionnels de l’esthétique ont soumis aux ministères de la Santé et du Travail un cahier des charges sanitaire pour encadrer la reprise de leurs activités, théoriquement autorisées comme pour les commerces non-essentiels dès le 11 mai. Cette fiche métier est toujours en attente de validation. "Cela le sera avant le 11, espère Martine Berenguel, présidente de la Confédération Nationale Artisanale des Instituts de Beauté et Spa (CNAIB-Spa), l’une des organisations représentatives du secteur. Nous nous préparons à rouvrir à cette date, si bien entendu le Premier ministre Edouard Philippe nous y autorise dans son allocution du 7 mai".

Pour être prêtes, des consignes sanitaires ont déjà été communiquées aux exploitants des salons pour qu’ils puissent s’organiser. Comme le respect d’un mètre de distance sera impossible pour réaliser les soins, les gestes barrière seront d’autant plus renforcés.

"Dans notre métier, nous sommes formées à l’hygiène, à travailler avec des masques, des gants, à désinfecter nos outils, poursuit Martine Berenguel. Je rassure mes adhérentes en leur disant qu’elles feront un geste de plus, qu’elles passeront un peu plus de temps à désinfecter, les esthéticiennes seront au rendez-vous".

Masques, gants, visières

90% des prestations pourront a priori être assurées à la réouverture. Seuls les hammams, les bassins mais aussi les appareils comme le vapozone utilisés dans certains soins du visage ne devraient pas pouvoir être utilisés car le virus se transmet via des gouttelettes. Les soins humides devraient donc être proscrits.

La Confédération Nationale de l'Esthétique et de la Parfumerie (CNEP), autre organisation représentative du secteur de la beauté et du bien-être, a initié l’élaboration de nouvelles normes avec l’Afnor, en collaboration avec différents médecins. Le but: détailler précisément les nouvelles consignes de sécurité sur chaque type de soin.

"Le soin visage était par exemple problématique, car nous sommes en face à face avec la cliente, nous explique Régine Ferrere, présidente de la CNEP. Or ce type de soin représente 45% du chiffre d’affaires des instituts. Pour le réaliser dans le respect des gestes barrière, l’esthéticienne doit porter masque et visière, se laver les mains, brosser ses ongles, puis utiliser du gel hydroalcoolique avant de débuter le soin. Le visage de la cliente devra être nettoyé, mais elle ne portera bien sûr pas de masque".

La cabine, espace souvent exigu sans fenêtre, devra aussi être nettoyée en profondeur entre chaque rendez-vous. Pour les manucures en revanche, les clientes devront porter leur masque, tout comme leur esthéticienne.

"Beaucoup de règles sanitaires sont déjà en vigueur, rassure Régine Ferrere. Une ongleriste travaille déjà aujourd’hui avec des gants, des masques, en désinfectant tout son matériel. Avec les gestes barrière, les normes Afnor, en observant les consignes des préfets sur les restrictions de circulation, nous pourrons ouvrir, en rassurant nos clientes, en assurant leur sécurité et la nôtre comme celle de nos salariés".

Jusqu'à 10% de surcoût

Au delà des précautions sanitaires, ce qui inquiètent les esthéticiennes, ce sont les surcoûts liés à la réouverture et à l'équipement de protection souvent jetable. Selon la CNEP, ce surcoût oscille entre 3 et 10% du prix selon le type de soin.

"Il faut aussi prendre en compte le temps passé à nettoyer entre deux rendez-vous, ce temps ne sera pas rentabilisé, s’inquiète aussi Martine Berenguel de la CNAIB-Spa. Si pour un soin d’une demi-heure ou trois quarts d’heure, il faut compter 20 minutes de nettoyage supplémentaires, ce sont plusieurs heures de chiffres d’affaires perdues chaque jour".

Les fédérations ne donnent aucune consigne, chaque institut aura le choix de répercuter ou non ce coût auprès de sa clientèle. Les esthéticiennes imaginent cependant difficiles de faire payer plusieurs euros supplémentaires à une cliente venue seulement pour une épilation sourcil à 7 ou 8 euros, surtout si la cliente est une habituée. Le confinement a cependant fortement pesé sur les chiffres d’affaires.

Aujourd’hui, les professionnels se concentrent avant tout sur la dimension sanitaire. "L’ouverture des instituts spa et autres entreprises de beauté et de bien-être ne pourra pas se faire avant que toutes les garanties pour le personnel et pour les consommateurs ne soient clairement édictées et validées par nos tutelles", résume Régine Ferrere. La France compte environ 70.000 entreprises de beauté et bien-être.

A côté des salons et instituts, elles sont environ 15.000 à exercer à domicile. Là aussi, les procédures sanitaires vont devoir être aménagées. "A domicile, à la différence des cabines, on peut aérer. Comme en institut, les professionnels devront désinfecter leur zone de travail, donc venir avec leur spray virucide, elles auront leurs masques, leur matériel, explique Régine Ferrere. Les soins pratiqués à domicile sont aussi plus simples, et la cliente est chez elle, ce n’est pas un monde étranger". Reste à définir si comme pour les aides à domicile, l’esthéticienne devra changer de vêtement, mettre les siens dans un sac ou encore travailler bras nus pour se laver facilement les mains, les bras.

Pauline Ducamp