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Contrat d'armement avec Taïwan: Paris invite la Chine à se concentrer sur le Covid-19 plutôt que polémiquer

La Chine a exhorté mardi la France à "annuler" un contrat d'armement avec Taïwan. Ce contrat porte sur des équipements pour des frégates vendues en 1991 par la France à la marine de Taipei

La Chine a exhorté mardi la France à "annuler" un contrat d'armement avec Taïwan. Ce contrat porte sur des équipements pour des frégates vendues en 1991 par la France à la marine de Taipei - AFP

La France a balayé mercredi les critiques de la Chine concernant un contrat d'armement avec Taïwan et l'a invitée à se concentrer sur le Covid-19 plutôt que sur une polémique ancienne.

La Chine a exhorté mardi la France à "annuler" un contrat d'armement avec Taïwan, soulignant qu'une telle transaction vers cette île revendiquée par Pékin et dirigée par un gouvernement rival pourrait "nuire aux relations sino-françaises".

La réponse de la diplomatie française a été rapide. "Face à la crise du Covid-19, toute notre attention et tous nos efforts doivent être focalisés sur la lutte contre la pandémie", a déclaré le ministère français des Affaires étrangères au lendemain de l'exhortation de Pékin. En clair, la priorité n'est pas à créer des polémiques sur des affaires anciennes.

Le contrat porte en effet sur des équipements pour des frégates vendues en 1991 par la France à la marine de Taipei, une affaire qui avait provoqué une grave crise diplomatique entre Paris et Pékin.

Mais le dossier revient quelques semaines après la convocation de l'ambassadeur de Chine à Paris pour des propos liés au coronavirus, malgré une volonté réciproque de désescalade à chaque incident et alors que la France a besoin de la Chine pour ses approvisionnements en masques.

"Une seule Chine"

La Chine suscite aussi des interrogations sur sa gestion au début de la crise et sur son bilan - 4.633 décès pour 82.919 cas recensé - jugé sous-estimé par certains, qui ont viré à l'affrontement verbal avec Washington.

Le président français Emmanuel Macron a aussi pointé des zones d'ombre dans la gestion de l'épidémie en Chine. Pékin, qui a revu à la hausse le nombre de ses victimes, dément pour sa part toute dissimulation.

La polémique vient maintenant se focaliser sur Taïwan, sujet ultra-sensible pour Pékin qui considère l'île, peuplée de 23 millions d'habitants, comme l'une de ses provinces et fustige toute relation officielle entre des pays étrangers et Taipei.

"Dans le cadre de la déclaration franco-chinoise de 1994, la France met en œuvre la politique d’une seule Chine et continue d’appeler au dialogue entre les deux rives du détroit", assure-t-on pourtant au Quai d'Orsay.

Pendant de nombreuses années, Taïwan a été considéré comme le représentant officiel de la Chine, jusqu'à ce que les Nations unies basculent vers Pékin en 1971. D'autres pays et organismes internationaux lui ont emboîté le pas.

L'île n'est plus reconnue que par 15 Etats dans le monde, pour la plupart des nations pauvres d'Amérique latine et du Pacifique. Le Vatican reste le dernier en Europe.

"Engagements contractuels"

"La France respecte strictement dans ce contexte les engagements contractuels qu'elle a formés avec Taiwan et n’a en rien changé sa position depuis 1994", a par ailleurs souligné le ministère français des Affaires étrangères.

En 1991, la France avait signé la vente de six frégates à Taïwan pour un montant de 2,8 milliards de dollars, provoquant une glaciation des relations diplomatiques franco-chinoises.

La marine taïwanaise a indiqué le 7 avril 2020 dans un court communiqué qu'elle comptait moderniser ces frégates de fabrication française Lafayette.

Une source proche du dossier a confirmé qu'un contrat a bien été passé par le ministère taïwanais de la Défense pour la modernisation du système de lanceur de leurres Dagaie qui équipe les six frégates.

Un lanceur de leurres est un système utilisé pour éviter d'être frappé par un missile ennemi. D'après des médias taïwanais, le coût de la transaction serait de plus de 800 millions de dollars taïwanais (24,6 millions d'euros).

Pascal Samama avec AFP