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Comment le Brexit a sauvé Ascoval

Ascoval

Ascoval - FRANCOIS LO PRESTI / AFP

La reprise par British Steel de l'aciérie Ascoval va lui permettre d'alimenter ses usines européennes en limitant les coûts à l'approche du Brexit.

C’est un soulagement pour les 270 salariés du site de Saint-Saulve. Le tribunal de grande instance (TGI) de Strasbourg a validé ce jeudi la reprise de l’aciérie Ascoval par British Steel, deuxième groupe sidérurgique au Royaume-Uni. Fixée au 15 mai, cette cession confirme l’attrait des Britanniques pour une industrie métallurgique française quelque peu délaissée.

Surtout, elle permet à British Steel d’asseoir un peu plus son statut de sidérurgiste européen. D’autant qu’avec l’imminence du Brexit, cette reprise arrive à point nommé. 

Pourtant, la direction avait refusé de lier le projet de reprise d’Ascoval au Brexit. Mais plusieurs sources proches du dossier ont affirmé que la sortie prochaine du Royaume-Uni de l’Union européenne faisait bien partie des motifs qui ont pesé dans la balance. "Cela découle d’abord du Brexit", a assuré un connaisseur du dossier auprès du Monde.

Droits de douane et livre sterling

De fait, s’implanter en France permet à British Steel, qui fournit notamment la SNCF en rails, de produire au sein de la zone euro et de ne pas payer de droits de douane. L’entreprise se met également à l’abri des fluctuations de la livre sterling.

"En réalité, il s’agit pour elle de sécuriser ses coûts de production en essayant d’alimenter autant que possible son usine d’Utrecht (Pays-Bas) et celle d’Hayange (Moselle) à partir de la zone euro afin d’éviter les droits de douane et limiter le risque de change", précise une autre source au journal La Croix.

Autre motivation: les économies de taxe carbone que British Steel va pouvoir réaliser alors que l’aciérie électrique d’Ascoval est bien moins émissive de CO2 que les hauts fourneaux d’outre-Manche. Comme le rappelle Le Monde, on estime que l’aciérie d’Ascoval libère 200 kg de CO2 dans l’atmosphère pour chaque tonne d’acier produit, contre 1,8 tonne pour une aciérie traditionnelle comme celle de Scunthorpe, au nord-est de l’Angleterre.

Un fonds d'investissement lancé par deux Français

Avec cette reprise, British Steel sauve l'emploi des 270 salariés de l'aciérie. La société, qui n'a pas encore fêté ses trois ans d'existence, est issue de Tata Steel, numéro un britannique, puisqu'elle est née du rachat de sa division européenne de produits longs (rails, section de construction) au printemps 2016 par le fonds d'investissement Greybull Capital.

La reprise d'Ascoval pourrait donc braquer les projecteurs sur ce fonds spécialisé dans le redressement d'entreprises, qui est entouré de mystère et peu disert sur ses intentions. Tout juste sait-on que le fonds a été mis sur pied en 2010 notamment par les frères Marc et Nathaniel Meyohas, des Français quadragénaires, avec des bureaux nichés au coeur du très chic quartier londonien de Knightsbridge.

Un "family office"

Greybull Capital a choisi un symbole fort en donnant à ces activités le nom de "British Steel", soit celui que portait la société nationale de la sidérurgie britannique privatisée à la fin des années 1980 sous Margaret Thatcher. Les actifs rachetés pour la somme symbolique d'une livre comprenaient en particulier des sites à Scunthorpe (nord de l'Angleterre) et à Hayange (Moselle) en France, où British Steel est donc déjà présent.

"Nous ne cachons pas le fait que nous sommes un family office (gestionnaire de grandes fortunes familiales, NDLR) et donc nous n'avons pas besoin de crier sur les toits ce que nous faisons", avait expliqué Marc Meyohas, interrogé par le quotidien The Guardian en avril 2016, dans un de ses rares entretiens. Son frère Nathaniel a toutefois quitté le fonds en fin d'année dernière, d'après le Times.

L'acquisition d'Ascoval intervient au moment où le groupe GFG Alliance du magnat indo-britannique Sanjeev Gupta a mis la main sur une immense fonderie d'aluminium à Dunkerque en promettant de "réindustrialiser la France".

Paul Louis avec AFP