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Carlos Ghosn accuse ouvertement Nissan 

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- - Eric PIERMONT / AFP

Dans une nouvelle interview à l'AFP et aux Echos, l’ex-patron de Renault fustige ses conditions de détention et détaille sa thèse du complot qui aurait été fomenté par les dirigeants de Nissan.

Deux mois d’incarcération au Japon n’auront pas abattu l’homme. Dans un nouvel entretien à la presse, Carlos Ghosn est une nouvelle fois apparu offensif. Sa première cible, les autorités japonaises à qui il reproche ses conditions de détention prolongée impensable « dans aucune autre démocratie ».

Le milliardaire a clamé son sentiment « d'injustice », derrière la vitre le séparant des deux journalistes dans une petite salle de la prison.

« J'ai face à moi une armée chez Nissan, des centaines de personnes se consacrent à cette affaire, 70 au bureau du procureur et je suis en prison depuis plus de 70 jours. Je n'ai pas de téléphone, pas d'ordinateur, mais comment puis-je me défendre ? », a-t-il dit au cours de sa première interview à des médias non-japonais depuis son arrestation choc du 19 novembre.

Même s'il se dit « désavantagé » et « fatigué », le franco-libanais lance : « Je suis concentré, je veux me battre pour rétablir ma réputation et me défendre contre de fausses accusations. On m'a refusé la libération sous caution, ce ne serait normal dans aucune autre démocratie du monde ». « Pourquoi suis-je puni avant d'être reconnu coupable ? », s'interroge-t-il.

Rappelons que Ghosn est visé par trois inculpations pour abus de confiance et minoration de revenus aux autorités boursières sur la période 2010 à 2018, il rejette toute malversation. Il risque jusqu'à 15 ans de prison.

« Un complot, un piège »

Sur le fond de l’affaire, le dirigeant détaille sa thèse du complot qui aurait été fomenté par les dirigeants de Nissan. Selon lui, on a voulu l'éliminer du jeu car il avait « le projet d'intégrer » Renault, Nissan et Mitsubishi Motors. Il en avait discuté avec le patron de Nissan, Hiroto Saikawa. 

« Est-ce un complot, un piège ? Il n'y a aucun doute là-dessus. C'est une affaire de trahison. Et il y a plusieurs raisons à cela. Il y avait beaucoup d'opposition et d'anxiété sur le projet d'intégrer les compagnies (Nissan, Renault, Mitsubishi Motors) », explique l'ex-dirigeant de 64 ans.

Le patron de Nissan a réfuté à plusieurs reprises cette notion de « coup d'Etat », parlant de « preuves » de malversations qui accablent son ancien mentor qui a, selon le groupe nippon, utilisé l'argent de la société pour s'offrir des résidences luxueuses ou embaucher sa soeur pour un emploi « fictif ».

Si Nissan s'est empressé de le révoquer de la présidence du conseil d'administration, suivi de Mitsubishi Motors, Renault l'a longtemps soutenu, arguant de la présomption d'innocence, mais Ghosn a finalement démissionné la semaine dernière de son poste de PDG, prenant acte de sa détention prolongée.

Mais il regrette de n'avoir pu s'en expliquer devant le conseil d'administration. « On ne pouvait pas maintenir Renault dans une situation où la gouvernance était temporaire. Quand j'ai appris que ma caution était de nouveau refusée, j'ai décidé de démissionner. Mais j'aurais ardemment souhaité avoir l'occasion de m'expliquer devant le conseil d'administration de Renault. »

« Je suis si fier d'avoir conduit cette entreprise de 2005 à 2018 et de l'avoir aidé à se transformer en un groupe si fort, en termes de profitabilité, de croissance, de qualité des produits et de technologies », a-t-il ajouté. « Les résultats financiers de 2018 vont d'ailleurs être excellents. »

La rédaction avec AFP