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Une reprise du marché immobilier peut-être en trompe-l'oeil

Des experts soulignent que la timide reprise du marché de l'immobilier résidentiel en France, évoquée par les réseaux d'agences et les notaires, reste extrêmement fragile et partielle. Dans l'ancien comme dans le neuf, le niveau élevé du chômage continue

Des experts soulignent que la timide reprise du marché de l'immobilier résidentiel en France, évoquée par les réseaux d'agences et les notaires, reste extrêmement fragile et partielle. Dans l'ancien comme dans le neuf, le niveau élevé du chômage continue - -

par Juliette Rouillon PARIS - La timide reprise du marché de l'immobilier résidentiel en France évoquée par les réseaux d'agences et les notaires...

par Juliette Rouillon

PARIS (Reuters) - La timide reprise du marché de l'immobilier résidentiel en France évoquée par les réseaux d'agences et les notaires reste extrêmement fragile et partielle, soulignent des experts.

Dans l'ancien comme dans le neuf, le niveau élevé du chômage continue de paralyser les acheteurs et de bloquer le marché de la revente de logements, qui lui-même gèle le reste des transactions.

"C'est une reprise qui ne satisfait pas complètement les uns et les autres, une reprise contrariée, bridée", estime Michel Mouillart, professeur à l'université de Paris X-Nanterre.

Ce spécialiste du secteur reconnaît que le marché du logement est sorti du creux de la vague, largement grâce aux mesures fiscales et au soutien des prêts à taux zéro (PTZ).

Mais, poursuit-il, "il y a un problème qui n'est pas nouveau dans cette crise, c'est le chômage, qui gèle, paralyse, provoque de l'hésitation, aussi bien de la part des primo-accédants qui ont été portés à bout de bras que de la part des vendeurs."

"Du coup, le marché de la revente ne repart pas. Cette année, nous n'aurons pas de pression sur les prix et une progression lente et modérée de l'activité. L'accélération se fera au fur et à mesure de la réactivation du marché de la revente."

"Aujourd'hui il ne se dégrade plus, mais ce n'est pas pour autant que le flux de reventes s'est fortement développé", conclut Michel Mouillart.

Plus sceptique encore sur la vigueur de la reprise, Henry Buzy-Cazaux, président de l'Ecole supérieure des professions immobilières, y voit "une reprise en trompe-l'oeil".

"Seuls deux segments de marché se sont ranimés, les studios et deux pièces, avec la vague d'investisseurs sur l'ancien, et les très grands logements. Mais le milieu de marché, les deux, trois et quatre pièces, ne se porte pas bien", explique-t-il.

La plupart des observateurs tablent sur une activité de l'ordre de 600.000 ventes dans l'ancien en 2010, en retrait de 25% par rapport aux 800.000 ventes réalisées en 2007.

"PAS LE CHOIX !"

Sur le marché du neuf, les promoteurs tablent sur un nouveau recul, à environ 90.000 ventes en 2010 contre 100.000 en 2009, dans un marché "sous perfusion" des aides gouvernementales, notamment les mesures de déductions fiscales dites "Scellier".

Alors qu'avant la crise, 37% du marché du neuf était le fait d'investisseurs et 37% de secondo-accédants, aujourd'hui la part des investisseurs est de 67% et celle des deuxièmes accessions de 15-20%, le reste étant le fait de primo-accédants.

Et les perspectives 2011 ne sont pas enthousiastes, avec la hausse attendue des taux d'intérêt, un chômage qui ne devrait pas diminuer et la réduction des aides de l'Etat.

"D'ailleurs les promoteurs ne s'y trompent pas. Ils restent prudents et lancent peu de chantiers", note Henry Buzy-Cazaux.

"Les promoteurs restent prudents et attentifs car on voit bien que le fond du marché, les secondo-accédants, n'a pas vraiment redémarré", confirme Guy Portmann, vice-président de la Fédération nationale des promoteurs-constructeurs et président de France-Terre. "Tant que l'on n'a pas vraiment vu que le marché pouvait fonctionner tout seul, on fait attention."

De plus, les promoteurs confrontés en 2008 à l'effondrement du marché et à la crise financière ont dû annuler de nombreux programmes et revendre des terrains. Ils se retrouvent aujourd'hui face à une pénurie de foncier.

"Nous n'avions pas vraiment le choix! Je rappelle quand même que le volume a chuté de 42% en 2008", dit Guy Portmann. "Ce n'est pas que l'on ne veuille pas (construire de nouveaux logements) mais on a très peu de foncier sur lequel lancer de nouveaux programmes."

Edité par Dominique Rodriguez