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LafargeHolcim: le départ du patron français acte la victoire des Suisses

Le directeur général Eric Olsen quittera le cimentier mi-juillet. Les soupçons de financement terroriste en Syrie ont cristallisé des tensions internes entre Suisses et Français.

Rester devenait impossible. Le patron de LafargeHolcim a annoncé ce lundi matin son départ le 15 juillet prochain. Après plusieurs semaines de tensions internes, son maintien à la tête du cimentier n’était plus tenable. Le groupe est accusé d’avoir versé des commissions à des rebelles syriens proches de Daesh, pour maintenir en activité son usine en Syrie entre l’été 2013 et septembre 2014.

En janvier dernier, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après la plainte du ministère français de l’Économie pour ces pratiques interdites par les règles de l’Union européenne. LafargeHolcim a aussi mené la sienne, en interne, ces derniers mois. Elle a conclu qu’Eric Olsen "n’était ni responsable ni pouvant être considéré comme informé des actes répréhensibles identifiés", a expliqué le groupe dans un communiqué.

Selon nos informations, environ 250.000 dollars ont été versés à des intermédiaires syriens, considérés proches de Daesh. Ces commissions permettaient à des convois de passer des barrages sur les routes menant à l’usine du groupe en Syrie.

Bataille entre actionnaires historiques de Lafarge

Malgré sa non-implication dans cette affaire, Eric Olsen ne pouvait pas se maintenir. Le soupçon de financement de Daesh en Syrie était trop grave. D’autant qu’il était l’un des plus hauts dirigeants de Lafarge (directeur des ressources humaines) à l’époque des faits. Ensuite parce que le patron de Lafarge à l’époque, Bruno Lafont, avait déjà annoncé son départ du conseil d’administration.

D’ici son départ, Eric Olsen devra finaliser l’enquête interne et proposer au groupe des sanctions internes à prendre. Car le groupe a indiqué lundi matin dans un communiqué que "certains membres de la direction ont eu connaissance de situations indiquant des violations du code de conduite des affaires de Lafarge".

Mais au-delà, Eric Olsen semble avoir concentré des dissensions internes qui ont précipité sa chute. Plusieurs proches du groupe rapportent que des tensions entre les actionnaires historiques de Lafarge ont autant, voire davantage, alimenté le conflit que l’affaire syrienne. Les deux administrateurs du Groupe Bruxelles Lambert (GBL), la société d’investissement du belge Albert Frère, semblent avoir poussé au départ d’Eric Olsen. Les proches de ce dernier pointent notamment Gérard Lamarche, le dirigeant de GBL.

Une nouvelle direction, 100% suisse

En face, l’actionnaire égyptien Nassef Sawiris soutenait à l’origine le patron de LafargeHolcim. Mais les jeux tactiques entre actionnaires l’auraient poussé à changer de position. Lui comme GBL souhaiteraient, à terme, sortir du capital du groupe dont ils détiennent respectivement 4,8% et 9,4%. Des "agendas personnels" qui les auraient poussés, in fine, à s’entendre. D’autres sources estiment également que certains administrateurs ont poussé au départ d’Eric Olsen pour "se couvrir et éviter de juger leur part de responsabilité".

Face à ce conflit des anciens actionnaires du français Lafarge, les actionnaires du suisse Holcim n’ont eu qu’à faire basculer la situation en leur faveur. Avec 11,4% du capital, les Suisses ont profité des dissensions francophones pour prendre définitivement l’ascendant sur les anciens actionnaires de Lafarge. Le président du groupe, Beat Hess, remplaçant Eric Olsen par intérim, sera secondé par le Suisse Roland Köhler. Cette nouvelle direction 100% suisse, en attendant la nomination d’un nouveau directeur général, signe la fin du tandem franco-suisse. Trois ans après la fusion de Lafarge et Holcim, le groupe, déjà basé à Zurich, bascule un peu plus vers la Suisse.

Matthieu Pechberty