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Suspense autour du prochain  gouverneur de la Banque de France 

Après deux mandats de six ans à la tête de la Banque de France, M. Noyer aura 65 ans en octobre 2015, la limite d'âge pour occuper cette fonction.

Après deux mandats de six ans à la tête de la Banque de France, M. Noyer aura 65 ans en octobre 2015, la limite d'âge pour occuper cette fonction. - Jacques Demarthon-AFP

A deux mois de la fin du mandat de Christian Noyer, plusieurs prétendants à ce poste prestigieux avancent leurs pions en coulisses. Décryptage...

La succession de l'actuel gouverneur de la Banque de France est ouverte. Christian Noyer, bientôt 65 ans, va être atteint par la limite d'âge, après deux mandats de six ans à la tête de la prestigieuse institution, la banque des banques.

Officiellement, ni Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), ni François Villeroy de Galhau, ancien dirigeant de BNP Paribas actuellement chargé d'une mission sur l'investissement, n'ont annoncé leur candidature.

Mais tous deux ont été reçus par le secrétaire général de l'Elysée Jean-Pierre Jouyet dans le cadre du processus de nomination, selon plusieurs sources.

Le gouverneur est nommé par décret présidentiel en conseil des ministres. Cette année pour la première fois, le candidat retenu sera auditionné par des commissions parlementaires, qui pourront s'y opposer à la majorité des trois cinquièmes. Le nouveau gouverneur entrera en fonction le 1er novembre mais la décision sera prise au plus tard mi-octobre.

Francois Villeroy de Galhau est bien placé...

L'échéance approchant, les aspirants placent leurs pions. Mercredi 26 août 2015, interrogé lors de la remise d'un rapport au gouvernement, François Villeroy de Galhau a estimé que "la Banque de France (était) un bel outil au service de l'investissement", sans confirmer ni infirmer sa candidature. Il a réitéré l'hommage vendredi 28 août, sur l'antenne de BFM Business, saluant de surcroît "les équipes de très grande qualité" de l'institution.

François Villeroy de Galhau, 56 ans, est un énarque étiqueté "catholique de gauche" qui prône une vision éthique de la finance. Polytechnicien, il est passé par l'Inspection générale des Finances, voie royale pour accéder aux plus hautes fonctions financières.

Ancien directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, il a rejoint le secteur privé au début des années 2000 pour devenir PDG de Cetelem, filiale de crédit à la consommation du groupe BNP Paribas, dont il a gravi les échelons jusqu'à en devenir le directeur général délégué en 2011.

Sa démission surprise fin avril pour conduire une mission gouvernementale sur l'investissement avait été interprétée comme une phase de transition avant la Banque de France, après l'échec en 2013 d'une candidature dévoilée trop tôt à la direction du Trésor.

Benoît Coeuré figure parmi les favoris pour le poste

Avant sa démission, c'est Benoît Coeuré, 46 ans, représentant de la France au directoire de la BCE depuis 2012, qui était favori pour succéder à Christian Noyer.

Dans le schéma envisagé alors, Benoît Coeuré aurait quitté avant terme son mandat de 8 ans, et c'est soit la directrice de cabinet du ministre des Finances, Claire Waysand, qui l'aurait remplacé à Francfort, soit la conseillère économique du président Laurence Boone, histoire de féminiser la BCE, club très masculin.

Diplômé lui aussi de Polytechnique et de l'Ecole nationale de la statistique (ENSAE), titulaire d'une licence de japonais, Benoît Coeuré est passé par l'Insee, l'Agence France Trésor (qui gère la dette de l'Etat) et a été numéro deux du Trésor.

Ce Grenoblois partisan de l'orthodoxie budgétaire, et proche du chef de la BCE, Mario Draghi, prône une intégration européenne plus profonde.

Les prétendants ont aussi des points faibles...

Malgré leurs CV impeccables, chacun des candidats a son point faible. Pour François Villeroy de Galhau, c'est l'ombre du conflit d'intérêt qui se profile : il serait le premier ancien patron d'une banque privée à diriger la Banque de France, qui supervise le secteur financier.

De son côté, Benoît Coeuré a donné en mai 2015, des informations de marché sensibles avant leur publication officielle, à cause d'une erreur de procédure interne, provoquant un tollé chez les investisseurs.

Une troisième voie, plus politique, a été évoquée par le magazine Challenges selon lequel certains socialistes souhaiteraient voir le poste attribué à Jean-Pierre Jouyet, afin de l'éloigner du Président de la République.

BFM Business avec AFP