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Secteur bancaire: "pas d'inquiétude" sur l'emploi, assure Frédéric Oudéa (Société Générale)

Entre taux négatifs, durcissement des règles prudentielles et suppressions de postes, le secteur bancaire européen et notamment tricolore doit néanmoins se réinventer.

Invité sur le plateau de Good Morning Business jeudi, Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale et président de la Fédération bancaire française (FBF), est revenu sur les mesures d'adaptation que prennent les banques tricolores pour composer avec des taux d'intérêt historiquement bas et le règles prudentielles imposées par l'Europe.

"En France, on a la chance d'avoir des banques solides qui ont des activités qui sont solides et qui leur donnent le temps du dialogue social et de l'adaptation", a souligné le dirigeant. Mais le secteur bancaire fait aujourd'hui face "à trois changements majeurs au même moment", a-t-il ajouté. "Un changement d'environnement sur les taux d'intérêt, qui est quand même quelque chose d'important. Deuxièmement des changements réglementaires profonds qui nous imposent de repenser la manière de faire notre travail. Et troisièmement, l'émergence de nouvelles technologies qui font que nos clients souhaitent accéder à nos services d'une manière différente et, en tous cas, complémentaire de l'agence. Notre rôle à nous banques françaises c'est bien sûr d'intégrer l'ensemble de ces dimensions pour adapter notre business model".

Quid de l'emploi?

Sur le volet des emplois qui dans le secteur bancaire ne cessent de diminuer depuis quelques années, Frédéric Oudéa explique: "Nous avons un plan qui a été discuté avec les syndicats et qui, effectivement, encore une fois, mise sur la transformation des compétences. Si nous ne le faisons pas, là il y a un risque social puisque dans 5 ans ou 10 ans nous risquons de ne pas savoir offrir à nos clients – face à une concurrence importante – les services qu'ils attendent. En le faisant justement de manière anticipée, en prenant le temps de le faire bien, c'est là où l'on est capable d'offrir à nos salariés, à nos collaborateurs, une solution, une formation, qui leur permettent d'avoir un avenir dans la banque".

Et de poursuivre: "Statiquement, le secteur bancaire en France, c'est à peu près 365.000 emplois. Il s'érode très légèrement. La baisse chaque année est de l'ordre de -0.5%. (…) Et je rappelle que ce secteur – tout en ajoutant à la marge – continue à embaucher beaucoup. Donc pas d'inquiétude. Nous avons la capacité de gérer ces transformations profondes dans le temps et d'une manière socialement responsable".

"Ne soyons pas les dindons de la farce"

Reste que les règles prudentielles européennes de plus en plus strictes ont des conséquences sur les activités des banques européennes. Et la crise de 2008 n'est pas étrangère à ce renforcement de la part du régulateur.

"La crise n'est pas partie d'Europe. Mais il y a des conséquences qui ont été tirées qui peuvent avoir des conséquences sur le terrain européen beaucoup plus importantes qu'aux Etats-Unis. Parce qu'en fait ces règles, elles sont peut-être effectivement plus adaptées à un marché bancaire et financier américain qu'au marché aujourd'hui bancaire européen", pointe Frédéric Oudéa. "Ne soyons pas effectivement les dindons de la farce. C'est vrai dans le secteur bancaire comme dans d'autres secteurs. Il faut que l'Europe soit capable de prendre en main son destin. Et se dire : de quoi a-t-elle envie pour être compétitive, pour assurer à ses citoyens, à ses entreprises un contexte économique porteur? (...) Nous disons 'ok' un cadre international a été défini. Mais peut-on avoir l'intelligence de réfléchir à : premièrement, est-ce que les autres pays vont les appliquer? Et deuxièmement, est-ce qu'il y a une manière de les appliquer?".

"Ce n'est donc pas le tout de définir, encore faut-il voir comment les pays et donc les grandes banques nationales pourront appliquer ces nouvelles règles", prône donc le dirigeant.

Julie Cohen-Heurton