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Pourquoi Scor et Covéa ont refusé de faire la paix

Denis Kessler, le PDG de Scor.

Denis Kessler, le PDG de Scor. - Eric PIERMONT / AFP

Les deux assureurs étaient proches d’un accord lors de leur conciliation en juin dernier. Mais la guerre entre leurs patrons respectifs a brutalement stoppé des négociations pourtant encouragées par les régulateurs.

"Ce conflit va mal finir" déplore un bon connaisseur des deux entreprises. Il y a deux semaines, les assureurs réunis à Monaco pour leur congrès annuel, ne parlaient que de ça: la guerre entre Covéa et Scor. Ils commentaient l’échec de la conciliation en juin entre le groupe de Maaf, MMA et GMF et le réassureur. Pourtant chapeautée et encouragée par la Banque de France et l’Autorité des marchés financiers (AMF), la paix n’a pas été signée.

Depuis maintenant un an, les deux entreprises se livrent une guerre sans merci qui se joue à la barre des tribunaux. Retour sur les faits. En septembre 2018, l’assureur Covéa propose à Scor de le racheter. Son PDG Denis Kessler rejette l’offre au motif que le patron de l’assureur, Thierry Derez, est en conflit d’intérêt. Il lui reproche d’avoir profité de son poste d’administrateur de Scor pour utiliser des informations confidentielles afin de préparer son offensive. En effet, Covéa est actionnaire de Scor à 8% et n’a jamais fait mystère de ses intentions de le racheter. Le conflit tourne au bras de fer puis à la guerre judiciaire. Scor attaque Covéa et son patron au pénal pour abus de confiance et violation du secret des affaires. Thierry Derez a été entendu par le tribunal correctionnel de Paris en juin dernier. Juste après qu’une conciliation entre les deux groupes a échoué.

Nouvel engagement de Covéa pour trois ans

Pourtant, "elle avait bien commencé, assure un bon connaisseur du dossier. On pensait qu’un accord était possible". Thierry Derez avait intelligemment choisi l’avocat Antoine Gosset-Grainville pour le représenter. Ce dernier, ancien directeur adjoint de François Fillon, lorsqu'il était Premier ministre, a aussi été le numéro 2 de la Caisse des Dépôts quand elle était dirigée par Augustin de Romanet. Et c’est le patron d'ADP, par ailleurs administrateur référent de Scor, qui négocie pour le réassureur et son PDG. Contactés, les deux conciliateurs n’ont pas souhaité nous répondre.

Ils se connaissent bien et s’apprécient. Cela a facilité les échanges mais n’a pas suffi. "Au dernier moment, ça a dérapé, explique une source. Et encore sur des histoires d’ego entre les deux patrons". Covéa avait accepté un nouvel engagement de ne pas augmenter sa part de 8% chez Scor pendant trois ans. Son patron Thierry Derez avait également accepté de se retirer du conseil d’administration du réassureur. Mais cela n’a pas suffi à pour Scor qui réclamait que son ennemi renonce au principe de racheter Scor au-delà de cette période de trois ans. Une demande irrecevable pour un actionnaire d’une société cotée en Bourse. Et pour le moins étonnante venant d’un libéral comme Denis Kessler, l’ancien numéro deux du Medef.

Denis Kessler encore ciblé

Mais le PDG de Scor n’a surtout pas pu accepter que l’engagement de Covéa de ne pas lancer d’offre sur Scor "tombe" s’il quittait ses fonctions. "Pourtant, dans ce genre d’engagement, il y a toujours une clause en cas de changement de gouvernance" note un observateur. Mais dans cette crise très tendue, cette clause n’aurait fait qu’accentuer la pression sur le départ de Denis Kessler dont le mandat se termine en 2021.

Le patron de Scor, qui avait accepté de retirer ses deux plaintes contre Covéa, a renvoyé la balle à son adversaire. Il a refusé de retirer les deux autres qui visent personnellement Thierry Derez. La conciliation a alors échoué. Contactées, les directions des deux entreprises n’ont pas souhaité commenter nos informations.

Aujourd’hui, la procédure judiciaire continue. Après avoir été auditionné en juin, le patron de Covéa Thierry Derez sera jugé au printemps prochain. Ses proches assurent que le dossier de Scor n’est pas assez solide pour qu’il soit condamné. Ce à quoi l’entourage de Scor rétorque que le "débat n’est pas terminé", la conciliation pouvant reprendre. Un jeu de poker menteur qui risque de durer encore plusieurs mois.