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Les banques françaises bientôt « exemplaires » ?

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« Pas de bonus sans malus. » C'est la nouvelle règle de rémunération des traders annoncée par Nicolas Sarkozy après sa réunion avec les banquiers français. Son objectif à présent : convaincre le G20.

Le Chef de l'Etat veut que les banques et leurs traders aient un « comportement exemplaire ». A l'issue de leur réunion - la septième depuis le début de l'année - mardi 25 août avec Nicolas Sarkozy, les banques françaises se sont engagées à adopter un système de bonus malus qui tiendra compte des performances des traders dans la durée. Les salariés seront désormais associés non plus seulement aux profits mais aussi aux pertes éventuelles de leur établissement.

Un malus pas vraiment efficace ?

Le malus peut-il vraiment être efficace ? Les traders en doutent, car comme le souligne Tami Kabbaj, un ancien trader, auteur du livre Psychologie des grands traders (éditions Eyrolles) : « cette mesure s'appliquera aux traders installés en France. Or, des banques comme la BNP, le Crédit Agricole, ont délocalisé 60 à 70% de leur activité de trading en Grande-Bretagne. Il s'agit donc avant tout de mesures symboliques. »
En effet, depuis maintenant des années, les banques françaises ont délocalisé la majorité de leur activité de trading et donc leurs traders sur le marché londonien. Parce qu'il est plus dynamique que le notre. Et parce que la Grande-Bretagne s'est montrée attractive. Un trader qui s'installe à Londres, ne paie pas d'impôts durant 3 ans. A priori, ces traders français expatriés outre-Manche ne sont donc pas concernés par le malus, à moins que la France parvienne à convaincre le voisin britannique d'adopter la mesure. Ce qui ne va pas être simple, car de nombreux traders expatriés menacent déjà de partir pour la Suisse...

« C'est presqu'immoral de focaliser ainsi sur les bonus »

Premier effet visible : en application de ces règles, BNP Paribas va réduire de moitié l'enveloppe prévue pour les bonus de ses traders au premier semestre, soit 500 millions d'euros au lieu du milliard annoncé début août, pour 17 000 salariés de l'entreprise. Une décision que dénonce Serge Maître, président de l'Association Française des Usagers des Banques (Afub) : « voilà une économie faite pour la direction [ndlr, de la banque], puisque son bénéfice net était de 2 milliards pour le premier semestre, il passe à 2 milliards 500 millions. Il le doit au Président de la République. Il y a quelque chose de presqu'immoral à focaliser ainsi sur les bonus. »

« Tant que les montants seront délirants... »

Par ailleurs, les bonus seront soumis au conseil d'administration et les banques devront publier une annexe aux comptes annuels détaillant leur politique et les montants distribués. Les banques qui ne joueront pas le jeu seront sanctionnées : l'Etat ne travaillera pas avec elles. Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds Monétaire International sera chargé de contrôler les rémunérations des traders dans les banques qui ont reçu l'aide financière de l'Etat.
Selon Véronique Descacq, responsable de la CFDT banques, le premier syndicat du secteur, ces nouvelles règles ne vont pas assez loin : « c'est très important aussi d'arriver à limiter le montant des bonus. Quand la BNP dit "on avait prévu 1 milliard ; avec les nouvelles règles ça ne fait plus que 500 millions", c'est de la tactique de communication. Le reste sera versé, de toute façon, plus tard, si les opérations se déroulent bien. Tant que les montants seront délirants, ça suscitera des comportements à risques dans les salles de marché sur le plan mondial. »

« Des propositions efficaces, si elles sont reprises par le G20 »

Christophe Le Duigou, spécialiste de l'économie à la direction de la CGT, estime que ces nouvelles règles seront inefficaces si elles restent isolées à la France : « cette finance de marchés est globalisée ; ça se passe à l'échelon mondial et ces propositions n'ont chance d'avoir un quelconque effet que si elles sont reprises par le G20 qui doit se réunir à la fin du mois [ndlr, le 24 septembre à Pittsburgh aux Etats-Unis]. Mais beaucoup de pays de ce G20 sont très en deçà de ce qui est proposé là. » Et Christophe Le Duigou de conclure en interrogeant : « Faut-il autoriser l'ensemble de ces produits sur les marchés financiers ? Et peut-on dire que tous ces comportements spéculatifs des banques, le G20 les autorise ? »

La France va proposer aux pays du G20 d'adopter les règles sur les bonus désormais applicables à Paris, de renforcer les sanctions à l'égard des banques récalcitrantes, et d'examiner une limitation du montant des bonus. Reste à voir si elle se fera entendre.

La rédaction, avec Christophe Bordet et Céline Pitelet