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La BCE ne croit pas à la déflation

Mario Draghi a indiqué tabler sur 1,2% de croissance pour la zone euro pour 2014.

Mario Draghi a indiqué tabler sur 1,2% de croissance pour la zone euro pour 2014. - -

La Banque centrale européenne a finalement décidé de laisser inchangé ses taux directeurs, ce jeudi 6 mars. Son président, Mario Draghi, a révélé que l'institution table sur une remontée très lente des prix et sur une croissance progressive.

Mario Draghi ne change pas de braquet. Le président de la Banque centrale européenne (BCE) s'est à nouveau, ce jeudi 6 février, efforcé de calmer les éventuelles inquiétudes portant sur l'inflation, alors que son institution a opté pour un nouveau statu quo au niveau de ses taux.

Le patron de la BCE a ainsi prouvé par les chiffres ce qu'il avait déjà martelé: la zone euro n'est pas en déflation, et elle ne s'y dirige pas. "Notre analyse économique confirme que nous prévoyons une période de faible inflation suivie d'une hausse", a-t-il lancé. "Même si l'inflation est faible nous allons progressivement revenir sur des taux proches de 2%".

Il a ainsi dévoilé les projections économiques de la Banque centrale jusqu'en 2016. L'institution table ainsi sur un taux d'inflation de 1% en 2014, 1,3% en 2015 et 1,5% en 2015.

Trois chiffres inférieurs aux 2% que cible la BCE mais "notre scénario de référence est confirmé", a justifié Mario Draghi pour expliquer l'inaction de la banque centrale, alors que la hausse des prix a atteint, en février, 0,8% en zone euro.

Un euro fort qui pèse sur les prix

Ces prévisions balaient par ailleurs les craintes du FMI, sa directrice générale, Christine Lagarde ayant affirmé que l'union monétaire a de 15 à 20% de chance de basculer en déflation.

Il a toutefois surpris en indiquant que le taux de change actuel de l'euro a influencé d'environ 0,4% l'inflation entre la mi-2012 et aujourd'hui, comme le relève d'ailleurs, Frederik Ducrozet, économiste zone euro chez Credit Agricole CIB, sur Twitter:

"0.4pp of disinflation due to EUR strength". Quite an unusually explicit statement on FX impact by ECB standards.
— Frederik Ducrozet (@fwred) 6 Mars 2014

Ironie du sort, au moment même où Mario Draghi parlait, l'euro s'appréciait fortement, atteignant 1,38 dollar, soit un plus haut depuis plusieurs mois.

Une croissance modérée

Mario Draghi a également reconnu que les membres de la BCE "ont eu une longue discussion sur une baisse des taux et d'autres mesures de politiques monétaires".

En ce qui concerne la croissance, il a confirmé que son institution voit la reprise modérée se poursuivre "quoi qu'à un rythme plus lent". La BCE prévoit ainsi une hausse du PIB de 1,2% en 2014, 1,5% en 2015 et 1,8% en 2016, revoyant légèrement à la hausse le premier chiffre. Elle est ainsi un peu plus prudente que la Commission européenne qui table sur 1,2% en 2014 mais sur 1,8% en 2015.

"Certes, le chômage reste élevé mais il s'est stabilisé", a-t-il toutefois concédé ajoutant que "l'emploi se redresse timidement".

La fragmentation recule

Mario Draghi a par ailleurs estimé que la fragmentation du crédit recule. "On voit les taux timidement converger", a-t-il affirmé.

La fragmentation est un phénomène qui montre que la politique monétaire de la zone euro se transmet de façon inégale dans les pays de la zone euro. Concrètement, malgré des taux proches de zero, le prix du crédit tend à rester élevé dans les états du Sud, l'Espagne et l'Italie notamment. Or Mario Draghi a justement constaté que "les conditions du crédit deviennent plus lâches" dans ces deux pays.

Julien Marion