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L'union entre La Banque Postale et CNP signe la naissance du grand pôle financier public 

Ce mercredi, c'est le grand jour pour La Banque Postale qui va acter son union avec CNP Assurances. Parallèlement, ce même jour, la Caisse des dépôts prendra le contrôle de La Poste.

C'est le rêve de quelques dirigeants qui se concrétise ce mercredi: la naissance d'un grand pôle financier public chapeauté par la Caisse des dépôts (CDC), bras financier de l'Etat, avec dans son giron La Poste, qui devient majoritaire dans CNP Assurances via La Banque Postale.

Il aura fallu un peu plus d'an et demi pour que l'opération, dite "Mandarine", aboutisse après son déclenchement en août 2018 par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

Le temps de parler gros sous et d'obtenir les multiples autorisations pour cette opération complexe entre la Caisse des dépôts, l'Etat, La Poste et sa filiale bancaire, La Banque Postale.

Complexité technique

Au bout du compte, la Caisse des dépôts détiendra 66% de La Poste aux côtés de l'Etat qui en gardera 34%. La Banque Postale, détenue à 100% par La Poste, contrôlera à la clôture du marché 62,13% de CNP Assurances, l'un des premiers assureurs de personnes en France.

Ce rapprochement - porté de longue date par Philippe Wahl, le patron du groupe La Poste - a tardé à se concrétiser du fait entre autres de la complexité technique du montage financier et de divergences de vues.

Une fois le rapprochement acté, il a fallu obtenir une dispense d'offre publique d'achat sur CNP Assurances, groupe coté en Bourse valorisé près de 14 milliards fin août 2018. La Banque Postale n'aurait pas pu se permettre une telle transaction.

Effet spectaculaire sur La Poste

L'objectif d'un tel bouleversement? Permettre à La Poste de trouver de nouveaux revenus et d'accélérer sa diversification pour ne plus dépendre du courrier traditionnel. Face à la concurrence d'internet et des échanges électroniques, les volumes de courrier transportés ne cessent de chuter. La perte de revenus a atteint 690 millions d'euros l'an dernier.

L'enjeu est aussi de dégager des revenus suffisants pour maintenir une présence sur tout le territoire et continuer à assurer des tournées de facteurs six jours sur sept.

L'opération permet de renforcer La Banque Postale, également en mal de diversification. Le groupe bancaire va ainsi changer de dimension en devenant un bancassureur européen doté d'un bilan de 708 milliards d'euros contre 271 milliards actuellement.

Explosion (potentielle) des bénéfices de La Poste

Conséquence, l'intégration de CNP Assurances va avoir un effet spectaculaire sur les comptes de La Poste et de sa filiale bancaire.

Dans sa nouvelle dimension, le groupe La Poste aurait réalisé en 2019 un bénéfice net de 1,4 milliard d'euros (contre 822 millions publiés par la Poste), sur un chiffre d'affaires de 29,7 milliards (contre 26 milliards), à dette constante.

Côté Caisse des dépôts, ce rapprochement permet de rationaliser l'organisation des structures financières publiques afin de les mettre au service des politiques d'aménagement du territoire. Toutefois pour la CDC le sujet est sensible car avec cette opération, elle voit s'éloigner de ses comptes le quart des revenus que lui fournit CNP Assurances.

Pas de changement pour CNP

Les bénéfices du rapprochement apparaissent moins évidents pour CNP Assurances, dont la valorisation boursière est tombée aujourd'hui à 9,5 milliards d'euros. Considéré comme l'un des trois premiers groupes d'assurance en France, il a dégagé l'an dernier un bénéfice net annuel d'un peu plus de 1,4 milliard d'euros.

Egalement très présent au Brésil où il réalise plus de 30% de ses revenus, l'assureur est peu connu du grand public du fait de son modèle d'activité en marque blanche: il conçoit des contrats d'assurances clé en main pour ses clients, essentiellement des banques, qui les distribuent sous leur propre marque.

Son union avec La Banque Postale ne doit rien changer à son fonctionnement actuel, assurent depuis le départ les différentes parties.

Pour l'heure, son futur actionnaire majoritaire planche sur sa prochaine feuille de route. Rémy Weber, patron de La Banque Postale, a ainsi posé lundi la question de l'opportunité dans l'assurance d'avoir "d'autres pieds dans d'autres pays (que le Brésil) voire même dans d'autres continents. Ce sont des sujets stratégiques qui sont devant nous".

TL, avec AFP