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L'État étudie une prise de contrôle de La Poste par la Caisse des dépôts

À l'occasion de la renégociation de l'actionnariat de la CNP Assurances, la Poste pourrait devenir une filiale de la Caisse des dépôts.

À l'occasion de la renégociation de l'actionnariat de la CNP Assurances, la Poste pourrait devenir une filiale de la Caisse des dépôts. - Fred Tanneau-AFP

L'État étudie l'entrée de la Caisse des dépôts au capital du groupe La Poste à l'occasion de la renégociation de tour de table de CNP Assurances, dont les deux entreprises publiques sont déjà actionnaires.

Un vaste remaniement actionnarial se profile sous la houlette de l'État au sein de deux grandes institutions financières publiques que sont la Caisse des dépôts et le groupe La Poste. Selon le Figaro, citant plusieurs sources proches du dossier, "l'Élysée a arbitré en faveur du scénario qui aboutit à une prise de contrôle de la Poste par la Caisse des dépôts".

Selon ce scénario, que le gouvernement ne confirme pas, la Caisse des dépôts apporterait à la Poste sa participation dans la CNP Assurances et monterait ainsi au capital de l'entreprise publique (devenue société anonyme en 2010) dont elle détient déjà 26,32% depuis mars 2011. Ces parts seraient ensuite transférées à La Banque postale, ainsi recapitalisée. "Les négociations en cours pourraient constituer une nouvelle étape, en amenant l'État sous la barre des 50 % du capital détenu en direct, tandis que la Caisse, institution financière publique placée sous le contrôle du Parlement, monterait à 60 % environ" selon le quotidien.

La Poste pourrait mettre la main sur CNP Assurances

L'avantage de cette opération capitalistique serait de permettre à la Poste de se rapprocher de CNP Assurances pour diversifier ses revenus alors que l'activité liée au courrier postal décroît inexorablement. Pour la Caisse des dépôts, ce scénario la placerait aux commandes d'un futur grand pole financier public.

Mais les négociations et les discussions en cours se présentent sous le jour d'un montage complexe qui suppose la résolution de plusieurs problèmes. Dans l'hypothèse où elle prendrait le contrôle de CNP Assurances, la Poste devra d'abord négocier avec BPCE avec laquelle elle est associée dans une holding à 50,1%-49,9%, qui détient 35,38% de l'assureur-vie. Cela pourrait lui coûter cher, "d'une part s'il faut au passage racheter à BPCE ses 18 % de la CNP. D'autre part, s'il faut lancer une OPA sur la totalité de la compagnie, cotée en Bourse avec 33 % de flottant, et qui vaut globalement plus de 14 milliards d'euros" explique Le Figaro.

Un changement d'actionnariat de la Poste qui devrait agiter les syndicats. De leur côté, les associations de consommateurs pourrait agiter le chiffon rouge d'une privatisation rampante. Il faudra aussi convaincre les cadres et employés de CNP Assurances du bien-fondé de cette stratégie qui supposera qu'ils coopèrent avec les équipes du groupe bancaire et postale. Enfin, "la prise de contrôle de La Poste par la Caisse des dépôts, qui n'est pas envisagée avant au mieux le printemps 2019, nécessitera un article de loi" précise le quotidien. Bref, les embûches restent encore nombreuses sur la voie de ce Meccano visant à constituer un pole public financier.

F.Bergé