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La Poste cherche au moins 2 milliards pour survivre

La Poste

La Poste - LOIC VENANCE / AFP

VIDÉO - L’entreprise publique souhaite racheter CNP Assurances pour poursuivre sa transformation. Une manière de récupérer du cash et de continuer sa mue. Les discussions s’intensifient entre la Caisse des Dépôts et l’État.

La Poste ne saigne pas encore mais se prépare au pire. Engagée dans un virage stratégique majeur depuis cinq ans, l’entreprise publique subit la baisse du courrier plus vite que prévu. Juste avant Noël, elle a prévenu que ses marges chuteraient de 40% à l’horizon 2020! Une alerte pour ses actionnaires, l’État (74%) et la Caisse des Dépôts (26%). L’heure est grave. La Banque Postale, qui compense depuis dix ans la baisse du courrier, commence aussi à souffrir, à cause des taux d’intérêt bas et du Livret A qui lui coûte cher. Un vrai problème pour La Poste qui compte sur les 380 millions d’euros de dividendes qu’elle reçoit chaque année.

La mutation du courrier vers les services financiers nécessite encore plusieurs années et plusieurs milliards d’euros d’investissement. Selon plusieurs sources, La Poste aurait besoin d’investir entre 2 et 4 milliards d’euros à moyen terme. Une enveloppe trop large pour elle. "Philippe Wahl ne demande pas d’argent à l’État" insiste l’un de ses proches. Ça tombe bien, car le gouvernement ne veut pas débourser un euro après avoir renfloué EDF et Areva l’an passé. Bien qu’il prélève chaque année 171 millions d’euros de dividendes à La Poste… Il souhaite plutôt que la Caisse des Dépôts organise ce sauvetage public déguisé.

Une réforme en 2019

Un meccano financier complexe est étudié depuis plusieurs semaines par les actionnaires de La Poste. Un rapprochement de sa filiale bancaire, La Banque Postale, avec CNP Assurances, dont la Caisse des Dépôts détient 40%. L’assureur quasi-public dégage 1,2 milliard d’euros de bénéfice chaque année! Un trésor sur lequel La Poste compte bien mettre la main. Sauf que la route est semée d’embûches. Ces dernières semaines, les discussions se sont intensifiées entre la Caisse des Dépôts et l’État. Mais les différents protagonistes estiment que rien ne sera réalisé cette année. "Il faut d’abord de longues réflexions car le sujet est éminemment complexe", explique un proche du dossier. Avec la réforme de la SNCF cette année, celle de La Poste interviendrait plutôt l’an prochain. D’autant qu’elle nécessitera un changement de loi.

Plusieurs schémas sont à l’étude. Le premier consiste à ce que la CDC apporte à La Poste ses parts (40%) dans CNP, en échange de quoi elle monterait au capital de La Poste. Dans quelques semaines, les actionnaires de La Poste aborderont la délicate question de sa valorisation, dont découlera le futur équilibre entre eux. Elle vaudrait entre 5 et 7 milliards d’euros ce qui donnerait à la CDC le contrôle de La Poste et entre 51% et 65% de son capital. Mais cette question n’est pas tranchée. L’administration de Bercy ne serait pas encore encline à lâcher le contrôle de l’entreprise publique.

6 milliards à débourser

Si ce scénario était privilégié, il permettrait à La Poste de récupérer sa quote-part de résultats de CNP, d’environ 450 millions d’euros par an. "Suffisamment pour répondre à ses besoins" estime un connaisseur du groupe. Reste une épineuse question: qui paie le rachat de CNP? La Poste détenant déjà 18% de son capital, elle passerait ainsi à 58% du capital en récupérant les parts de la Caisse des Dépôts. Cette prise de contrôle l’obligerait à lancer une OPA sur l’assureur pour racheter les parts des minoritaires. Et la facture finale serait salée: 6 milliards d’euros à verser aux Caisses d’Epargne (18%) et aux investisseurs en Bourse (21%).

C’est là que les choses se corsent. La Poste n’a pas les moyens de financer ces 6 milliards d’euros. Son actionnaire la Caisse des Dépôts veut aussi éviter de mettre la main au portefeuille. D’autant que cet argent public viendrait garnir les poches des Caisses d’Epargne, le rival direct de La Banque Postale! Du coup, leurs avocats et banquiers étudient la possibilité d’obtenir auprès de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) une dérogation de lancer une OPA. "Ces échanges de participations entre la Caisse des Dépôts et La Poste seront un reclassement au sein du même actionnaire final, l’État, justifie l’un d’entre eux. Cela ne changera rien au contrôle effectif sur CNP".

Une nouvelle "banque des territoires"

Au-delà du sauvetage de La Poste, l’État devra surtout remettre à plat le rôle de chacun. "C’est bien beau de vouloir toujours faire appel à la CDC mais il faudrait que l’État nous présente un projet clair" s’agace un proche de l’institution publique. La Caisse des Dépôts pourrait alors devenir le chef de file de la politique publique dans les zones rurales. Grâce à La Banque Postale, elle retrouverait son vieux rôle de financeur des collectivités locales. Ce qui fait dire à certains qu’elle deviendrait la "banque des territoires". Ou plutôt qu'elle le redeviendrait. Comme à l’époque où elle était actionnaire de Dexia et des Caisses d’Epargne. Avant leurs privatisations, avant la crise. Nul doute que le retrait progressif de l’État de La Poste ouvrirait la voie à une lente privatisation.

Matthieu Pechberty