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Grand ménage à la tête de la Caisse d’Epargne

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Après la perte colossale de 600 millions d’euros en Bourse, la direction de la Caisse d’Epargne a été poussée à la démission.

Les numéros un et deux de la Caisse d'Epargne, Charles Milhaud (Président du directoire) et Nicolas Mérindol (Directeur général) ont démissionné dimanche soir à l'issue d'un conseil de surveillance extraordinaire convoqué après la perte de 600 millions d'euros essuyée par la banque. Le responsable des finances et des risques, numéro trois du groupe, Julien Carmona, a lui aussi démissionné.

Selon Philippe Dessertine, professeur de finances : « C'est une perte extrêmement conséquente, liée à une stratégie très hasardeuse. Ils ont essayé de récupérer très vite l'argent perdu, et ça n'a pas marché dans une période très agitée ».

Charles Milhaud ne demande aucune indemnité de départ. Il a juste exprimé le souhait de rester encore quelques mois dans le groupe, le temps de terminer les négociations de fusion avec le groupe Banque Populaire. Il est remplacé par Bernard Comolet, actuel président du directoire de la Caisse d'Epargne d'Ile-de-France.

Bruno Aguire, délégué syndical FO à la Caisse d'Epargne, ne cachait pas sa satisfaction après ces trois démissions : « C'est une bonne nouvelle. Vous savez, je suis salarié depuis 30 ans de la Caisse d'Epargne et l'ensemble des salariés était extrêmement choqué par la politique qui a été suivie par le directoire de la caisse nationale depuis des années. Cette bourde de 600 millions, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Les erreurs stratégiques du groupe dirigé par Charles Milhaud sont telles qu'aujourd'hui il était important qu'ils partent et que les Caisses d'Epargne puissent reprendre en main le pouvoir ».

Une nouvelle direction pour une nouvelle stratégie ?

Charles Milhaud avait en effet, ces dernières années, tenté de changer la stratégie des Caisses d'Epargne, se lançant sur les marchés boursiers à travers la création de Natixis avec la Banque Populaire. Or, la nouvelle direction nommée dimanche soir est symbolique d'une montée en puissance des caisses régionales. Un changement de cap qui réjouit Bruno Aguire : « L'intérêt du changement à la tête des Caisses d'Epargne, c'est que ce sont des directeurs de Caisses d'Epargne régionales, qui sont là depuis fort longtemps, qui sont ancrés dans les territoires et qui, nous l'espérons, aurons pour vocation de faire en sorte que les Caisses d'Epargne redeviennent ce qu'elles étaient : préserver l'épargne populaire, être ancrées dans les régions, développer des missions d'intérêt général, revenir à des missions qui ont toujours les leurs depuis près de deux siècles ».

Serge Maître, secrétaire général de l'Afub (Association française des usagers de banque), estime que la démission des trois dirigeants sanctionne à raison un marketing et un management débridé, mais qu'il faut aller plus loin : « Une démission c'est une chose, mais ça ne change pas du tout la logique dans laquelle les banquiers et les acteurs financiers en France sont engagés, celle qui privilégie sans aucun doute la recherche de profits à partir de spéculation aléatoire, hasardeuse sur des produits financiers. Alors que ce qu'on attend des banquiers, c'est qu'ils fassent leur métier de banquier et qu'ils viennent financer l'économie réelle. Ils ne le font pas d'eux-mêmes, il y a la nécessité de véritables réformes des structures de la profession financière ».

La rédaction avec Céline Pitelet et BFMTV