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Frédéric Oudéa: "le secteur bancaire français est surtaxé"

Frédéric Oudéa était l'invité de BFM Business ce jeudi  12 février

Frédéric Oudéa était l'invité de BFM Business ce jeudi 12 février - BFM Business

Le PDG de Société Générale était l'invité de BFM Business ce jeudi 12 février. De la crise russe à la fiscalité, il a balayé l'ensemble des enjeux auxquels sa banque fait face.

La banque rouge et noire se veut confiante. Ce jeudi 12 février, Société Générale a publié ses résultats annuels 2014, avec notamment un bénéfice net en hausse de 30% à 2,69 milliards d'euros. Pour 2015, la banque dit aborder "avec confiance le nouvel exercice".

Invité de BFM Business ce même jour, son PDG Frédéric Oudéa a déclaré être "très satisfait de l'ensemble de la performance commerciale de nos métiers dans le monde".

Il a souligné "des ouvertures record depuis 10 ans de nouveaux comptes en France avec 227.000 ouvertures sur l'ensemble de nos trois réseaux (Société Générale, Boursorama et Crédit du Nord)". Ce qui témoigne d'une "dynamique commerciale extrêmement bonne" et "porteur de croissance sur le long terme".

Ces ouvertures de compte portées "par l'effet Boursorama mais pas seulement", a-t-il assuré, ajoutant que "les trois marques fonctionnent bien" et que le dynamisme "va se poursuivre en 2015". Mais au-delà de ces bons résultats, Société Générale fait face à un ensemble de défis et d'enjeux sur lesquels Frédéric Oudéa est tour à tour revenu.

> La crise russe

Exposée à la Russie via sa filiale Rosbank, Société Générale "a fait un bon boulot pour se préparer à une année 2015 en récession", a assuré Frédéric Oudéa. "Ensuite les chiffres varient sur cette récession: -3,-4,-5%, mais la situation est sous contrôle", a-t-il poursuivi même si sa banque anticipe "une hausse du coût du risque (ensemble des provisions pris par la banque pour faire face à des engagements non tenus par sa clientèle, ndlr) notamment sur les particuliers car certains vont perdre leur emploi ou avoir des salaires moins élevés".

Néanmoins, Frédéric Oudéa juge que la Russie reste "un grand marché fragmenté du point de vue bancaire, sur lequel il y a encore beaucoup de choses à faire. Le potentiel de long terme demeure". Il a également rappelé que la Russie "c'est 2% de notre exposition, un truc tout petit dans le total". Appelant de ses vœux une résolution de la crise ukrainienne, il a affirmé que "l'Europe et la Russie ont intérêt à bâtir ensemble sur le plan diplomatique et économique. Il ne faut pas s'arrêter à du court terme".

> Affaires HSBC

Frédéric Oudéa a d'emblée rappelé que cette affaire remonte à "2006-2007 et que les fichiers concernés ont été apporté au gouvernement français en 2009". "Il ne faut pas sous-estimer tout ce qui a été fait entre 2009 et aujourd'hui qui fait qu'il y aura une transparence totale de la circulation de l'information à partir 2017 y compris en Suisse", a-t-il prévenu. Et selon lui le modèle de la Banque privée, métier mis en cause dans le scandale HSBC, a "profondément changé son modèle".

"Ce modèle qui pouvait être fondé sur l'idée de cacher de l'argent au fisc est un modèle qui s'appuie maintenant sur des banques avec une qualité de service, avec un conseil d'investissement et de la transparence fiscale". Frédéric Oudéa a ensuite affirmé qu'un des changements réglementaires pour les banques est "lié à des risques de litiges et de réputation". "On est en train de parler en 2015 à une affaire qui remonte à il y a plus de 10 ans. Tout l'enjeu pour nous, directeurs généraux de banques, c'est d'éviter que dans cinq ans vous parliez d'une affaire qui remonterait aux années 2010", a-t-il expliqué.

> La taxation du système bancaire

"Le secteur bancaire français est surtaxé", a averti Frédéric Oudéa. "J'ai estimé que les taxes réglementaires représentent environ 10% d'impôt sur les sociétés supplémentaires", a-t-il révélé, ajoutant que cette fiscalité signifie "moins de capacité d'investissement" à un moment "où il faut investir dans le numérique et les systèmes d'informations". Il a également mis en garde contre la taxe sur les transactions financières. "Nous sommes sur des métiers où il y a une compétition internationale et les banques européennes, à l'exception de Deutsche Bank, sont des challengers. Or à quel rythme pouvez-vous courir quand vous êtes challenger et que vous avez des boulets au pied?" 

> La politique de la BCE

Frédéric Oudéa a assuré que l'action de la Banque centrale européenne "est très mauvaise pour les banques". "La réalité des choses est catastrophique. Les taux d'intérêts actuels sont très pénalisants pour tout le système bancaire", a-t-il développé. Ainsi il faut, selon lui, être conscient que "cette situation aide" notamment sur l'inflation mais "ne suffit pas et ne peut être durable dans la durée" car "l'achat massif de dettes par les banques centrales crée d'importantes distorsions sur les taux d'intérêts et les actifs".

Néanmoins Frédéric Oudéa a estimé que durant cette "période extraordinaire" d'intervention des banques centrales européennes 'il faut travailler sur les réformes structurelles pour accélérer la croissance". Le but "être plus compétitif dans deux trois ans pour tirer profit du redémarrage de l'activité dans les pays émergents". Et ainsi transformer les 1% de croissance et 1,5 et 2%". "Et si on avance pas c'est là qu'on peut être inquiet. Le jour où le prix du pétrole augmente, où les taux augmentent si on a pas fait ce travail, on peut s'interroger sur la suite".

J.M.