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Face aux taux bas, les assureurs contraints de revoir leur business model

Le groupe de protection sociale AG2R La Mondiale a récemment décidé de renforcer sa marge de solvabilité en plaçant une émission de dette de 500 millions d'euros. Une opération réussie qui reflète cependant la difficulté des assureurs à composer avec le contexte des taux bas.

En apparence, AG2R La Mondiale s'inscrit dans une heureuse dynamique. Le 17 octobre dernier, le groupe plaçait "avec succès", indique-t-il dans un communiqué, sa première émission de dette subordonnée "RT1" (restricted Tier 1) pour un montant de 500 millions d'euros. Une émission, avec option de remboursement à 10 ans, saluée par André Renaudin, le directeur général du groupe. Et pour cause, AG2R La Mondiale est parvenu à obtenir un taux d’intérêt "historique de 4,375%", poursuit le document. Soit "le taux le plus bas enregistré à ce jour à l’émission par un assureur européen sur des titres de cette qualité". Les fonds serviront à renforcer sa marge de solvabilité.

"Cette superbe émission inaugurale de titres subordonnés RT1 par La Mondiale, avec le taux le plus bas jamais obtenu par un assureur européen, témoigne à la fois de la confiance des investisseurs dans le modèle de développement d’AG2R La Mondiale, d’une relation de long terme avec les marchés et d’une capacité à s’adapter de manière agile à l’environnement de taux bas", se réjouit André Renaudin, cité dans le communiqué. C'est pourtant bien-là que le bât blesse…

Les assureurs plombés par les fonds euros

Le mois dernier, Suravenir, la filiale du Crédit Mutuel Arkea spécialisée dans l'assurance des biens des particuliers, avait dû être recapitalisée à hauteur de 540 millions par sa maison-mère. La faute, là encore, à l'environnement de taux bas.

Le problème, c'est que le business model des assureurs n'a pas été conçu pour prendre en compte des taux aussi bas voire négatifs. Les fonds euros qui composent principalement les enveloppes d'assurance-vie (soit ceux qui délivrent un capital garanti et liquide) se révèlent de plus en plus chers à administrer pour les assureurs. Car l'argent est alors placé sur des obligations souveraines, alors que les Etats sont de plus en plus nombreux à emprunter à taux négatifs. D'un côté, le rendement des placements des assureurs diminue. De l'autre, ils doivent toujours garantir le capital investi et se sont engagés sur une certaine rentabilité auprès de leurs clients.

C'est pourquoi certains acteurs à l'instar d'Allianz France, de Generali France ou encore d'Aviva ont, par exemple, décidé de demander une structuration des contrats proposés contenant un minimum de 30% d'unités de compte (Sicav, FCP, SCPI...) pour les nouveaux investissements de plus de 100.000 euros. Des sommes investies qui permettent alors d'afficher un meilleur rendement mais dont le capital n'est plus alors garanti. Chez AG2R La Mondiale, André Renaudin indiquait récemment dans les colonnes du JDD imposer "entre 35% et 70% d'unités de compte aux épargnants souhaitant verser des montants significatifs sur leurs contrats".

Des épargnants toujours réfractaires au risque

Au regard de cette conjoncture et des récentes décisions prises par les assureurs, les épargnants redoutent de plus en plus que leurs économies ne se révèlent plus si bien conservées qu'auparavant. Mais la présidente de la Fédération française de l’assurance (FFA), Florence Lustman, invitée dans l'émission "12H L'Heure H" sur BFM Business mercredi, s'est voulue rassurante.

"D'abord, je voudrais affirmer de la façon la plus claire que les assureurs français – y compris en cette période de taux négatifs – sont éminemment solvables. C’est-à-dire qu'ils sont totalement en mesure d'honorer tous les engagements qu'ils ont contractés vis-à-vis des assurés que ce soit en assurance-vie ou en assurance dommage", explique-t-elle. Mais si les taux demeuraient négatifs, concède-t-elle, il est clair que les assureurs feraient en sorte de "s'adapter" et de "proposer d'autres types de contrats". Un chemin qu'Allianz France, Generali France et Aviva ont donc visiblement déjà choisi d'emprunter et une mue qui, si les taux restaient négatifs durant une longue période, pourrait sensiblement chambouler la façon d'épargner des Français et les pousser à prendre plus de risques. Ce qui, pour l'instant, n'est envisagé que par un petit quart des épargnants, selon un récent sondage.

Julie Cohen-Heurton