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Évasion fiscale: comment UBS se démenait pour séduire les Français

L'UBS donnait des conseils à ses "chasseurs" pour rester le plus discret possible

L'UBS donnait des conseils à ses "chasseurs" pour rester le plus discret possible - Jan Buholzer - AFP

Dans une enquête publiée ce mercredi 17 février, le journal Le Monde révèle la méthodologie employée par les employés de la banque suisse pour inciter des clients français à placer de l'argent sur les comptes de la banque en Suisse.

C'est un autre "Swiss Leaks", surnom attribué à l'affaire d'évasion fiscale massive permise par la filiale suisse de la banque HSBC. Cette fois les révélations portent sur un poids lourds de la finance helvétique: UBS.

Le journal Le Monde livre ainsi de nombreux détails sur l'ampleur du système d'évasion fiscale de clients français mis en place par l'établissement suisse. Le quotidien du soir s'est basé sur des documents de l'enquête judiciaire ouverte par les autorités françaises.

UBS est en effet poursuivie en France pour "démarchage illicite" et "blanchiment aggravé de fraude fiscale" dans le cadre de faits commis entre 2004 et 2012. 

Réceptions et tournoi de golf 

L'ampleur de la fraude fiscale reste énorme. Selon un décompte réalisé par les enquêteurs le 30 juillet dernier, 38.330 comptes avaient été ouverts par des Français chez la banque suisse au 30 novembre 2008 pour des avoirs de 8,4 milliards sans pour autant que tous ces comptes relèvent nécessairement de la fraude fiscale. 

Le Monde révèle quelques détails croustillants sur la façon dont UBS procédait. Car les fraudeurs étaient en fait démarchés par des chargés d'affaires surnommés "chasseurs".

Ces rabatteurs parcouraient la France, écumant les réceptions et événements sportifs de sorte à trouver des clients potentiels, des "prospects" dans le jargon bancaire. Et peu importe qu'UBS ne disposât pas de l'indispensable licence bancaire française pour démarcher des clients. Selon Le Monde, la banque avait même créé son propre tournoi de golf, l'UBS Golf Trophy à Évian, pour attirer ces "prospects".

Les chasseurs avaient dans leur bagage une sorte de manuel appelé "Security Risk Governance", pour limiter les risques et être le plus discret possible. Il leur était ainsi demandé de "ne jamais transporté aucun nom de client ni aucune information". En cas de contrôle à la frontière, les chasseurs étaient même invités, dans le cas où leur ordinateur transporte des données sensibles, à bloquer l'accès en se trompant trois fois de code d'entrée. Autrement, il leur est recommandé d'être coopératifs pour ne pas éveiller les soupçons. 

Guy Roux, Bixente Lizarazu, Valéria Bruni-Tedeschi

Pour rassurer les clients UBS mettait en place des sociétés écrans ou des fondations fictives pour dissimuler le véritable bénéficiaire des avoirs frauduleux.

Tout donc pour traquer le moindre client français. Parmi eux Le Monde donne quelques noms. Le quotidien explique que le footballeur Bixente Lizarazu, l'actrice Valeria Bruni Tedeschi ou la famille de la couturière Sonia Rykiel avaient des comptes de plusieurs millions d'euros mais ont été considérés comme des fraudeurs "passifs" par le fisc. Ce qui arrive par exemple quand ils héritent d'avoirs déjà placés sur des comptes en Suisse alors qu'ils n'ont pas eux-mêmes cherché à frauder. Guy Roux, l'ex-entraîneur français réputé proche de ces sous, a lui en revanche eu un rôle actif dans la dissimulation de ses avoirs de 3,1 millions d'euros.

Tous les noms évoqués sont désormais en règle avec le fisc français. Au total 2.500 clients français d'UBS ont fait régulariser leur situation au fisc pour des avoirs représentant au total 2,6 milliard d'euros.

J.M.