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Deutsche Bank – Commerzbank : «Une fusion n’apporterait aucune solution»

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Après des mois de spéculations, les deux principales banques allemandes ont confirmé dimanche des discussions en vue d'une éventuelle fusion. L’analyse de François Chaulet, directeur général de Montségur Finance.

Deutsche Bank et Commerzbank peinent encore à se remettre de la crise financière. En les rapprochant, ne risque-t-on pas de donner naissance à un géant bancaire fragile ?

François Chaulet : C’est évident. Deutsche Bank vaut aujourd’hui un peu moins de 17 milliards d’euros en Bourse, pour 1500 milliards d’euros au bilan. De même, le marché valorise Commerzbank à moins de 5 milliards d’euros, pour un bilan de 452 milliards d’euros. Ce sont deux vaisseaux fantômes du secteur bancaire allemand. Or, rapprocher deux « canards boiteux » n’a jamais donné naissance à un champion de course. Une fusion n’apporterait aucune solution, car on fusionne deux banques en mauvaise santé. C’est une logique purement politique.

Berlin, qui détient 15% de Commerzbank, pousse en effet depuis plusieurs mois les deux banques dans cette voie. Pourquoi le gouvernement allemand tient-il autant à la fusion ?

On parle de deux grandes banques nationales. L’Allemagne a besoin d’un secteur bancaire en bonne santé et rassurant pour proposer du crédit dans de bonnes conditions aux acteurs économiques. Les banques allemandes sont aujourd’hui dans une situation difficile. Elles ne se sont toujours pas remises de la crise financière, car elles ont commis toutes les erreurs, cumulé tous les produits toxiques qui ont conduit à cette crise. Par ailleurs, en Allemagne, les banques sont étroitement liées aux régions et aux tissus économiques locaux. Elles ont accompagné ces entreprises dans les phases de crises, quitte à prendre des risques inconsidérés.

Peut-on imaginer une telle opération en France ?

Cela n’aurait pas beaucoup de sens en France. Le secteur est plutôt engagé dans un processus de restructuration pour maîtriser les coûts. Les banques françaises n’ont pas été aussi déraisonnables que les banques allemandes. Le secteur bancaire a certes connu des accidents industriels, comme l’affaire Kerviel, et a été touché par les amendes, mais affiche un taux de provisions pour risques assez bas. Il n’y pas vraiment eu de distribution de crédit de mauvaise qualité. Par ailleurs, le modèle de « banque universelle », pourtant assez décrié avant la crise, a permis de passer cette période dans des conditions rassurantes. On peut aussi noter le modèle de banque mutualiste qui n’existe pas ailleurs.

Jérémy BRUNO