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Assurance-vie: les majors modifient leurs offres pour contrer les taux bas

Allianz commence à "vraiment réfléchir" à de "nouveaux produits" pour compenser un environnement de taux bas.

Allianz commence à "vraiment réfléchir" à de "nouveaux produits" pour compenser un environnement de taux bas. - AFP

Le géant allemand de l'assurance Allianz a laissé entendre qu'il allait adapter son offre dans l'assurance-vie en France au contexte de taux bas. Une volonté partagée par d'autres acteurs du secteur.

Guilio Terzariol, le directeur financier de groupe Allianz, a indiqué lors d'une conférence téléphonique portant sur les résultats du troisième trimestre que le groupe allemand devait aujourd'hui "vraiment réfléchir aux nouveaux produits" qu'il envisage d'introduire sur le marché.

Une déclaration qui ne relève en rien de la phrase lancée à la cantonade. S'il a évoqué cette idée, c'est bien parce que le monde feutré de l'assurance, notamment celui de l'assurance-vie, doit aujourd'hui composer avec une problématique de taille: celle des taux bas voire négatifs.

Le mois dernier, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, rappelait aux assureurs la nécessité d'amplifier leurs efforts dans deux directions: "la baisse des taux servis", d'un côté, "la diversification des produits et du modèle d'affaire", de l'autre.

Casse-tête assurantiel

Le problème, c'est que le business model des collecteurs d'épargne n'a pas été élaboré pour prendre en considération des taux aussi faibles. Pour maintenir les fonds en euros constituant l'essentiel des enveloppes d'assurance-vie en France (ceux qui délivrent un rendement garanti tout en assurant la liquidité du capital investi) représente la quadrature du cercle. Et cela pèse sur la capacité bénéficiaire des compagnies d'assurances.

Pour rappel, en 2018, la rémunération servie n'a pas dépassé 1,8% pour les supports euros, souligne la Fédération Française de l'Assurance (FFA). Une fois la fiscalité appliquée, le rendement se hisse désormais difficilement au-dessus du niveau de l'inflation (1,1% en septembre). Et l'année 2019 ne s'annonce pas plus heureuse de ce point de vue-là. Elle serait même pire. Certains experts tablant sur une rémunération des fonds en euros de seulement 1,4%.

Résultat: tant du côté des assureurs, que des épargnants (ceux ayant opté pour une approche prudente), la baisse des taux ne fait les comptes de personne.

La célèbre théorie darwinienne selon laquelle l'adaptabilité constitue le maître-mot de la survie ne leur a donc pas échappé. Les assureurs révisent donc tour à tour leur manière de fonctionner. Et chacun y va de sa stratégie.

Chacun sa technique

Quand le groupe de protection sociale AG2R La Mondiale décide de renforcer sa marge de solvabilité en plaçant une émission de dette de 500 millions d'euros pour répondre, à sa manière, à cette politique de taux particulièrement bas, Suravenir, la filiale du Crédit Mutuel Arkea spécialisée dans l'assurance des biens des particuliers, s'emploie, de son côté, à réaliser une opération de recapitalisation à hauteur de 540 millions par sa maison-mère. Un dernier mouvement que Sogecap, la filiale d'assurance-vie de la Société Générale serait également sur le point de suivre, tel que le détaille Les Echos

Certains acteurs comme Allianz France, Generali France ou encore Aviva pour ne citer qu'eux avaient déjà pris le parti d'exiger au moins 30% d'unités de compte (Sicav, FCP...) au sein des contrats, avec un minimum d'investissements de plus de 100.000 euros. Des supports qui génèrent potentiellement un meilleur rendement mais dont le capital n'est plus garanti. 

Malgré cela, l'assurance-vie continue de séduire les épargnants français. Leur faible appétence vis-à-vis du risque constitue un atout de taille pour les assureurs. En juillet 2019, la collecte nette a atteint 1,6 milliards d’euros, pointe la FFA. Quelques mois plus tôt, en avril dernier, elle franchissait allègrement le cap des 3,4 milliards d'euros. Avant cela, il fallait remonter à 2012 pour observer un tel montant mensuel.

De ce point de vue-là, les assureurs peuvent donc continuer à dormir sur leurs deux oreilles. Reste à savoir si cette dynamique se poursuivra encore longtemps. Inciter les nouveaux détenteurs de contrats à intégrer davantage de risques dans le cas où ils effectueraient des placements importants au sein de leur enveloppe assurance-vie pourrait leur donner envie de réviser leur stratégie. Les taux bas n'ont pas encore eu raison de la collecte. Mais jusqu'à quand?

Julie COHEN-HEURTON