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Engie accélère la vente de ses métiers de services

Après la vente de Suez, le groupe avance à grand pas sur la vente de ses services à l’énergie. Cette nouvelle étape de son virage stratégique sera lancée en fin d’année. Bouygues regardera le dossier.

A peine Suez vendu, Engie va enchaîner une nouvelle phase de son virage stratégique. Le groupe vient de vendre à Veolia sa participation de 29,9% dans Suez pour 3,4 milliards d'euros. Mais pendant les cinq semaines de bataille entre Suez et Veolia, Engie a continué à avancer sur son autre projet stratégique: se délester d’une grande partie de ses activités de services à l’énergie. Des réunions ont eu lieu en septembre et les banques conseil d’Engie, Lazard et Credit Suisse, travaillent d’arrache-pied. "Le groupe avance bien et a délimité le périmètre général des sociétés à vendre, explique une source proche du groupe. On sera prêt pour la fin de l’année".

Le groupe avait annoncé fin juillet ses intentions. Le projet doit être détaillé au conseil d’administration d’Engie à la fin de l’année et dévoilé aux représentants des salariés début janvier 2021 pour être annoncé aux marchés lors des résultats annuels 2020, en février prochain, selon une source interne.

La direction d’Engie travaille sur les activités qui seront cédées comme les activités de services purs telles les sociétés de climatisation, de maintenance industrielle ou de sécurité. Des métiers souvent éloignés du monde de l’énergie.

Encore 3 milliards d’euros à gagner

Le groupe conservera, en revanche, les activités de services adossées aux réseaux de chaleurs, de froids comme l’essentiel de Cofely, sa pépite, ou la Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain (CPCU). "Le découpage précis n’est pas encore arrêté, explique une source proche du groupe. Certaines activités ont beaucoup souffert de la crise et leurs résultats sont incertains". Des filiales ont encaissé un effondrement jusqu’à 50% de leurs revenus.

Engie veut créer une nouvelle société en son sein, pour y regrouper une centaine de sociétés, petites et grandes, cumulant 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 70.000 salariés. Au total, Engie tranchera dans une de ses grandes divisions qui pèse 30% de son chiffre d’affaires et 20% de sa marge. Ces sociétés, plus proches du monde du BTP, sont Ineo, une partie de Cofely (sur l’efficacité énergétique) ou Axima (réfrigération) ou encore Endel (ingénierie). Le périmètre complet sera finalisé à la fin du mois. Viendra ensuite, en novembre, le temps de se pencher sur le prix de cette future société. Engie peine encore à la valoriser tant les marges des sociétés sont instables à cause de la crise. Selon les sources, elles varient entre 300 et 350 millions d’euros, ce qui devrait valoriser l’entreprise à plus de 3 milliard d’euros, espère Engie...

Bouygues est le plus intéressé

Le groupe dispose de plusieurs options pour vendre. La plus simple serait une vente à un industriel. Mais elle reste difficile car les filiales sont nombreuses et variées. Bouygues, Vinci, Eiffage ou encore Spie regarderont inévitablement le dossier. Le danois ISS, spécialisé dans les services aux entreprises, aussi, selon une source. D’autant que son directeur financier, Pierre-François Riolacci, connait bien ces métiers pour avoir passé treize ans chez Veolia.

A ce stade, Bouygues est, selon nos informations, l’industriel le plus intéressé par les activités qu’Engie vendra. Le groupe familial est surtout intéressé par Ineo, une société très complémentaire de leurs métiers de construction. Leur branche de services à l’énergie reste petite comparée à celle de Vinci et Bouygues est prêt à investir pour la développer. Contacté, le groupe n'a pas souhaité commenter.

Le bon exemple de Spie

De son côté, Vinci semble déjà trop gros dans ces métiers qui créeraient trop de doublons avec ceux d’Engie. D’autant qu’ils sont partis dans une autre direction en tentant de racheter la branche services industriels de l’espagnol ACS. Enfin, la branche d’Engie semble trop chère pour Spie qui vaut 2,5 milliards d’euros en Bourse.

Si Engie n’arrive pas à convaincre des industriels, il se tournera vers des fonds d’investissement pour leur vendre ces activités de services. Si les métiers sont chahutés par la crise, revendre à la découpe les différentes sociétés pourrait les intéresser. Reste la dernière option: l'introduction en Bourse. La bonne valorisation de Spie, spécialiste de ces métiers, est encourageante pour Engie. Même si cette voie empêche de tout vendre d'un coup. Enfin, l’option d’une scission ne semble pas privilégiée car Engie "ne récupèrerait pas d’argent", note une source proche du groupe. Et l’Etat n’a pas envie de se retrouver actionnaire d’une telle société.

Engie doit trancher sur le nucléaire belge

Cette vente s’inscrit dans la stratégie de recentrage -de démantèlement selon la CGT- d’Engie sur les énergies renouvelables et les réseaux. Après la vente de Suez et la restructuration de sa branche services, le groupe devra encore régler deux sujets majeurs.

D’abord, l’avenir de ses sept centrales nucléaires en Belgique. Cinq d’entre elles fermeront d’ici 2025 et Engie espère en prolonger deux. Le groupe est coincé depuis plus d’un an par l’absence de gouvernement en Belgique. La situation devrait avancer l’an prochain alors qu’un premier ministre vient d’être nommé.

Engie devra enfin se pencher, à nouveau, sur l’ouverture du capital de ses réseaux de gaz, GRT, qui comportent également les terminaux méthaniers d’Elengy pour le gaz naturel liquéfié (GNL). Un sujet sensible qui ne devrait pas être tranché avant deux ans… A l’issue de de ce marathon, le groupe aura bouclé son grand virage stratégique.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business