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Le syndrome du "bore-out" devant la justice

Le conseil des Prud'hommes a renvoyé mercredi une affaire de harcèlement moral et de licenciement abusif devant un juge professionnel. Un ex-salarié d'Interparfums accuse son ex-employeur de l'avoir poussé au "bore-out", un terme nouveau pour parler d'un mal connu : l'ennui au travail.

Ne pas donner suffisamment de travail à ses employés pourrait être reconnu comme une faute par la justice. Le conseil des Prud’hommes a renvoyé mercredi devant un juge professionnel une affaire de "bore-out", le syndrome de l’ennui au travail.

L’histoire concerne Frédéric Desnard, 44 ans. Pendant 8 ans, il a été responsable des services généraux d’Interparfums. Au retour d’un long arrêt maladie, il est licencié. Devant la justice, il conteste son éviction, et reproche à son ex-employeur de l’avoir "mis au placard".

Le bore-out n'a pas de valeur juridique

Son travail a provoqué selon lui sa “descente aux enfers”. Il s’est mis à se dévaloriser, à stresser, à culpabiliser. Et puis à enchaîner les graves pépins de santé. Il parle d’épilepsie, d’ulcère, de troubles du sommeil et de dépression sévère.

En fait, il décrit précisément ce qu’on appelle le "bore-out". Le terme n’a aucune valeur juridique. D'ailleurs l'avocat de Frédéric Desnard a saisi les prud'hommes pour des motifs de "nullité du licenciement" et "harcèlement moral". "Bore-out" est simplement un anglicisme à la mode pour parler d’un phénomène qui n’est pas nouveau: l’ennui au travail. Un autre syndrome du mal-être au travail, à côté du harcèlement ou du burn-out.

Un concept qui fait débat

Ses victimes seraient des personnes mises sur la touche, donc. Mais aussi des salariés surqualifiés qui trouvent que leur travail n'a pas de sens, que n’importe qui pourrait le faire. Ils s’ennuient, se déqualifient, deviennent inemployables.

Une fois qu’ils ont épuisé les parades -les pauses café, Facebook, éplucher l'actualité- ils se retrouvent face au néant de leur journée. Avec des incidences sur leur moral et sur leur santé.

Certains spécialistes estiment qu'il touche 5 à 7% des travailleurs. Mais l’existence du "bore-out" fait débat dans la communauté scientifique. Certains estiment que c’est une vraie maladie professionnelle. D’autres dénoncent un concept flou, qui recouvre des situations qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Pour eux, scientifiquement, le "bore-out" n’existe pas.

Nina Godart