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Des formations pour apprendre aux femmes à négocier leur salaire

Les ateliers donnent les argumentes à faire valoir auprès d'un recruteur ou d'un employeur.

Les ateliers donnent les argumentes à faire valoir auprès d'un recruteur ou d'un employeur. - F. Senard - Audencia

Trop de femmes n'osent pas négocier leur salaire d'embauche ou hésitent à demander une augmentation. Dans la métropole nantaise, une centaine de salariées ont expérimenté des séances de training organisées par Audencia Business School. Très utile.

Mesdames, il faut oser! Alors qu'un homme sur deux négocie son salaire lors d'une embauche, seule une femme sur huit le fait. Une fois en poste, elles sont également réticentes à demander une augmentation. Voilà qui explique en partie pourquoi, à temps de travail et métier équivalents, les femmes touchent 12,8% de moins que leurs collègues masculins. En changeant de comportement, les femmes pourraient donc en partie réduire ce gap. Et c'est possible.

Audencia Business school, une grande école située à Nantes, a lancé des ateliers expérimentaux pour donner aux femmes toutes les clés d'une négociation salariale réussie. Déjà une centaine d'entre elles ont été sélectionnées pour suivre la première session qui se terminera le 11 octobre. L'objectif est de former gratuitement 1000 femmes d'ici la fin de l'année 2018, et 5000 d'ici à 2020.

Une prise de conscience collective

Les ateliers fournissent des outils pratiques pour définir ses points forts et sa valeur ajoutée pour se montrer percutantes lors des entretiens de recrutement et connaître sa valeur du marché. Il s'agit ensuite d'établir une stratégie pour négocier son salaire ou une augmentation. "Le premier résultat de ses ateliers a été une prise de conscience de la part des participantes, elles savent qu'elle ne sont pas seules à ne pas savoir négocier", avance Anne-Laure Guihéneuf, responsable de la chaire RSE au sein d'Audencia.

"Les femmes ne sont pas de mauvaises négociatrices en soi. Elles sont d'ailleurs de bonnes commerciales quand il s'agit de vendre leur entreprise. Mais elles ne savent pas le faire pour elle-même", précise Christine Naschberger, professeur associée Management chez Audencia. Les témoignages mettent aussi en avant une certaine résignation de la part de ces femmes, lassées de demander sans jamais obtenir. Certaines s'enferment aussi dans des stéréotypes sexistes, et estiment valoir moins que leurs homologues masculins.

Mener une négociation face à un recruteur aguerri

Les ateliers leur permettent de se relancer, de retrouver une estime d'elle-même et d'établir une stratégie de négociation. Le premier conseil qui leur est donné? Retarder au maximum le moment d'aborder la question de la rémunération lors d'un recrutement. "Ce n'est qu'une fois que l'on a démontré que l'on répond aux besoins de l'entreprise et que l'on est la collaboratrice idéale, que la rémunération doit être abordée", explique Sandrine Charpentier, créatrice de l'agence de conseil Digitaly et conceptrice du programme.

Il arrivera forcément un moment où le recruteur demandera "combien voulez-vous?". Pas question de répondre du tac au tac, il faut retourner la question en répondant: "Combien offrez-vous?". Au moment où il n'est plus possible de contourner le sujet, il ne faut pas donner un chiffre mais une fourchette de salaire. Les ateliers préparent aussi les participantes qui sont en poste et qui souhaitent voir leur rémunération évoluer en leur fournissant des éléments pour leur argumentaire et la parade aux réponses-types des employeurs (pas de budget, on en reparlera…).

Apprendre à se valoriser

Les premières participantes ressortent enthousiastes de cette formation. "Je ne suis pas dans la revendication. On doit avancer de manière volontaire et positive. Mais jusqu'à présent je croyais que l'entreprise allait se rendre compte de la qualité de notre travail, qu'elle allait venir nous chercher" témoigne Christine, 49 ans, qui après avoir œuvré dans le commercial, occupe désormais un poste dans le marketing. "Ma prise de poste est récente, je ne vais pas demander de suite une augmentation. Mais quand j'estimerais que c'est le moment légitime, j'aurai les armes pour le faire", avance-t-elle.

Une autre participante, Laetitia, sort elle aussi boostée par ces ateliers. "J'avais du mal à prendre conscience de mon potentiel, je ne sais pas trop me valoriser", fait valoir la jeune femme de 33 ans sortie major de sa promotion. Elle connaît désormais sa valeur sur le marché du travail. " Si mon employeur ne fait rien pour me retenir en réévaluant mon salaire, je suis prête à m'en aller", confie-t-elle. Elle a d'ailleurs fait un premier pas, en augmentant sa visibilité sur les réseaux sociaux en se positionnant en recherche active.

Coralie Cathelinais