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Comment votre employeur surveille vos mails professionnels

En France, les entreprises ont légalement la possibilité de faire comme Goldman Sachs aux États-Unis: scanner vos mails professionnels à la recherche d'expressions ou de mots qui ne leur plaisent pas.

Attention au langage que vous utilisez dans vos emails professionnels. Il se pourrait que votre direction les surveille de très près. En tout cas, Goldman Sachs le fait, raconte CNBC. La banque a rédigé une liste avec des centaines d’expressions qu’elle juge problématiques.

Un logiciel scanne tous les emails envoyés par les salariés. Si une des phrases interdites figure dans un mail, il est immédiatement signalé au service de contrôle. Là, un employé va le lire pour déterminer s'il y a ou non un problème.

La traque à toutes les expressions d'émotions

Le but, explique le service juridique de Goldman Sachs, est de déjouer les tentatives de fraude, de délit d’initié. D'ailleurs le dispositif a été mis en place en 2008, juste après la crise des subprimes. La sulfureuse banque cherche apparemment les traces d’échanges tendus entre ses banquiers et leurs interlocuteurs. Il y a par exemple 13 phrases interdites qui comportent le mot "fuck" (qu'on ne va pas traduire).

Mais il y a aussi des phrases comme “je suis en colère / perturbé / inquiet / vexé”, et tout un tas d’autres émotions. Même la phrase “je ne comprends pas” figure sur la liste. Des expressions finalement très générales, qu’on peut utiliser aussi pour se confier, qui peuvent être tout à fait anodines, et qui doivent apparaître dans beaucoup, beaucoup de mails.

La CNIL autorise l'usage de ces logiciels

Alors aux États-Unis, il n'existe pas d'autorité chargée de veiller au respect de la vie privée. En France, nous avons la Commission informatique et liberté. Donc vous vous dites que ces choses-là ne se font pas? Détrompez-vous! Les entreprises françaises utilisent ce genre de logiciels. Elles ont juste à le déclarer à la CNIL. Une simple formalité: il suffit de remplir un formulaire en ligne. La CNIL, elle, ne vérifie pas que le dispositif utilisé par l'entreprise respecte la loi. Elle ne se penche sur les dossiers que si elle reçoit une plainte de salarié –ce qui n’est jamais arrivé-, ou si l’entreprise lui demande un avis. À ce jour, seules deux ou trois demandes d'avis lui ont été adressées.

Petit rappel pour rester dans les clous:

> Par défaut, votre employeur peut lire tous vos mails professionnels. Sauf s’il est écrit “personnel” dans l’objet, où rangé dans un dossier intitulé ainsi.

> Insulter la hiérarchie ou l’entreprise dans un mail, quel que soit le destinataire du message, est une faute grave, qui justifie le licenciement.

> Côté employeur: surveiller vos salariés doit répondre à un but légitime, comme protéger vos secrets de fabrication ou les données de vos clients. Mais vous ne pouvez pas les empêcher de dire des grossièretés.

Concernant les mail professionnels, vous pouvez méditer ce conseil d’Eric Schmidt, le patron de Google, qui travaille justement sur ce type de logiciel scanneur: “si vous faites quelque chose que vous voulez que personne ne sache, peut-être devriez-vous commencer par ne pas le faire”.

Nina Godart