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Retraites: qui va payer?

Après les prestations familiales, Jean-Marc Ayrault est face au dossier des retraites

Après les prestations familiales, Jean-Marc Ayrault est face au dossier des retraites - -

Jean-Marc Ayrault reçoit, ce vendredi 14 juin, le rapport Moreau qui liste les pistes de réforme des retraites. Celles-ci seront ensuite discutées lors de la conférence sociale des 20 et 21 juin, avant que le gouvernement annonce ses choix cet automne.

C'est ce vendredi 14 juin que Yannick Moreau rendra officiellement à Jean-Marc Ayrault son rapport sur la réforme des retraites. Une "boîte à outils" destinée à éclairer l'exécutif sur les pistes possibles afin de réformer les régimes de retraites qui devraient accumuler près de 20 milliards d'euros de déficit à l'horizon 2020, sans remède de choc.

Après l'annonce de la réforme des prestations familiales voici quelques jours, François Hollande et Jean-Marc Ayrault se retouvent face à la seconde grande réforme sociale du quinquennat.

Mais si la première a visiblement reçu l'assentiment d'une majorité de Français, puisque seules les familles les plus favorisées étaient concernées, dans le cas des retraites, les choix à faire seront autrement plus douloureux. Quasiment tous les Français vont devoir d'une manière ou d'une autre mettre la main à la poche pour sauver leur retraite. Pour le pouvoir, la question politique est de savoir laquelle. Un choix qui va intervenir à quelques mois des élections municipales et européennes.

> Les salariés

Le choix de l'exécutif est de les faire cotiser plus longtemps en repoussant l'âge minimale de départ en retraite (44 ans de cotisations ?), visiblement la solution privilégiée par François Hollande, ou d'augmenter les cotisations retraites qu'ils paient durant leur vie active. Selon un sondage BFMTV du 12 juin, les Français, d'une courte longueur, préféreraient la première solution.

Pour équilibrer les efforts, le gouvernement devrait demander un geste supplémentaire aux entreprises (via une hausse des cotisations patronales) en cas de hausse des cotisations salariales.

> Les fonctionnaires

Le choix de l'exécutif est simple : aligner ou rapprocher les modes de calcul des pensions des 5 millions de fonctionnaires sur celles des salariés, comme le suggère le rapport Moreau. Actuellement, les premiers cotisent sur les six derniers mois d'activité quand les premiers le font sur leurs 25 meilleures années.

La CGT et FO ont déjà prévenu le pouvoir qu'une remise en cause du régime des fonctionnaires - qui votent en majorité pour la gauche- consituteraient une déclaration de guerre.

> Les agents du public

Quid des salariés du public (SNCF, EDF, Ratp...) qui disposent de régimes spéciaux de retraites ? Bien que réformés en 2008 et 2010, ils demeurent plus favorables tant en matière de cotisations que de prestations.

En effet, malgré la réforme de ces régimes, le budget devra encore verser 6,5 milliards d'euros en 2013 pour les équilibrer. En ajoutant 1,2 milliard de taxe pour le régime d'EDF et GDF, ce sont au total 7,7 milliards qui seront apportés à ces régimes cette année. Soit l'équivalent d'un point de TVA !

> Les inactifs

Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, a prévenu sur BFMTV : les retraités devront mettre la main à la poche pour participer au sauvetage des retraites. L'une des solutions les plus probables est la hausse de la CSG qu'ils paient sur leurs pensions. Elle est actuellement de 6,6% contre 7,5% pour les salariés (+0,5% de Crds). Par ailleurs, il est quasiment acquis que les pensions les plus élevées, seront désindexées, ce qui signifiera qu'elles seront moins revalorisées qu'actuellement. Un mécanisme déjà en vigueur temporairement pour les retraites complémentaires.

Mais s'attaquer aux 16 millions de retraités, ou du moins aux moins défavorisés d'entre eux, est politiquement très délicat pour tout gouvernement.

> Les titulaires de carrières courtes

Femmes, chômeurs, travailleurs à temps partiels et ceux ayant eu des carrières pénibles... Ces catégories devraient en revanche être les gagnants de la réforme Ayrault.

En contrepartie des efforts réclamés à la majorité des Français, celui-ci veut démontrer qu'il va mener "une réforme de gauche" en accordant des avantages à ceux et celles ayant eu des carrières atypiques. Ils pourraient donc bénéficier de bonifications payées par la hausse des cotisations des actifs.

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Patrick Coquidé