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Quand la technologie menace l'emploi à l'hôpital

La fronde s'amplifie au CHRU de Tours contre un nouveau logiciel de dictée numérique et de reconnaissance vocale, dont l'adoption entraînerait la suppression de 150 postes de secrétaires médicales d'ici 2018, selon l'intersyndicale.

La fronde s'amplifie au CHRU de Tours contre un nouveau logiciel de dictée numérique et de reconnaissance vocale, dont l'adoption entraînerait la suppression de 150 postes de secrétaires médicales d'ici 2018, selon l'intersyndicale. - Michel Gangne-AFP

À l'hôpital de Tours, l'installation d'un logiciel de reconnaissance vocale et de prise de rendez-vous sur Internet va obliger à redéployer 150 emplois de secrétaires médicales. Les syndicats sont vent debout.

La technologie et les outils numériques remettent en cause certains emplois administratifs à l'hôpital et inquiètent les syndicats. C'est la mise en place d'un logiciel de reconnaissance vocale pour les médecins qui a mis le feu aux poudres au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours.

Ce type de logiciel trouve un débouché naturel dans nombre d'hôpitaux pour retranscrire automatiquement en texte les comptes-rendus oraux dictés chaque jour par les médecins. Leur voix est reconnue après une phase d'apprentissage conduite avec le programme informatique.

À Tours, le CHRU a choisi un logiciel de cette catégorie, le programme dicT de la société Anticyclone. Sélectionné en 2015, son déploiement vient de débuter et doit s'étaler sur 18 mois, jusqu'à mi-2017.

À terme, dès qu’ils seront rédigés, ces comptes-rendus numériques seront envoyés directement par messagerie sécurisée aux médecins correspondants. Cela réduira d'autant les délais d’envoi de ces comptes-rendus et économisera du temps de mise sous pli.

La prise de rendez-vous sur Internet devient aussi possible

Mais cette automatisation se substitue directement à certaines tâches manuelles. De nombreuses secrétaires médicales sont encore occupées à saisir sur ordinateur le compte-rendu oral du médecin enregistré sur dictaphone. L'adoption du logiciel retenu par l'hôpital de Tours entraînerait la suppression de 150 postes de secrétaires médicales d'ici 2018, selon l'intersyndicale du CHRU. Seule la CFE-CGC ne s'est pas associée à cette démarche.

Cet outil numérique n'est pas le seul mis en oeuvre au centre hospitalier tourangeau. Dans ce CHRU, il est désormais possible de poser une option pour un rendez-vous par Internet, dans certains services, pour les patients qui le souhaitent. Les secrétaires rappellent le patient pour fixer un rendez-vous. Il est également prévu de déployer les rappels de rendez-vous par SMS au patient afin d’éviter les oublis. Au total, l'hôpital investit 1,5 million d'euros dans l'ensemble des projets technologiques.

Aucun licenciement n'est prévu, selon la direction

De son côté, la direction de l'hôpital voit dans ces innovations un bon moyen de redéployer des personnels en les affectant à d'autres tâches. Elle souhaite notamment que les secrétaires se consacrent à l'accueil des patients.

"Il y aura des postes supprimés, puisque nous devons faire des économies. Mais aucun licenciement", a assuré Richard Dalmasso, directeur adjoint du CHRU de Tours. L'hôpital compte sur les départs en retraite et de nouvelles affectations après un plan de formation pour amortir ces redistributions de postes.

Ce n'est pas l'opinion de certains syndicalistes. "Il y aura de la casse sociale. Comme dans tous les hôpitaux, un salarié sur cinq est contractuel au CHRU de Tours. Les secrétaires en contrat seront remerciées", déplore Florence Cognée, du syndicat SUD Santé.

La direction du CHRU se refuse à revoir le déploiement du logiciel. Les syndicats préparent de nouvelles actions pour le mois de février 2016.

Frédéric Bergé