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Pourquoi le chômage augmente selon l'Insee mais baisse selon Pôle Emploi

Selon l'Insee, la France comptait au 3ème trimestre, 628.000 chômeurs de plus qu'au trimestre précédent. Il y a deux semaines, l'institut statistique du ministère du Travail affirmait qu'ils étaient un demi-million de moins. Grossière erreur? Non. Juste une question de méthodologie.

Ce mardi l’Insee a dévoilé les résultats de son enquête trimestrielle sur le chômage. Selon cette nouvelle évaluation, la France comptait au 3ème trimestre 628.000 chômeurs de plus qu'au trimestre précédent. Une hausse spectaculaire (+30,8%). Depuis que l’institut statistique du ministère de l'Economie suit l’évolution du taux de chômage en France (1975), elle n’avait jamais observé une telle hausse. Si ce rebond a été aussi brutal, c’est qu’au deuxième trimestre, l’institut statistique du ministère de l'Economie avait, à l'inverse, observé une forte baisse. Baisse imputable à sa méthodologie.

Tous les trois mois, l'Insee évalue le nombre des chômeurs en procédant à un sondage massif (plus de 100.000 personnes interrogées). Et pour figurer parmi les demandeurs d'emploi, il faut ne pas avoir travaillé du tout durant la semaine précédente, être en mesure d'accepter un poste dans les quinze jours et avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent. Ces critères établis par le Bureau International du Travail permettent de comparer le niveau du chômage d'un pays à l'autre. Sauf que le long confinement du printemps a introduit une forme de biais: comment peut-on répondre qu'on est en recherche active d'emploi alors que l'on a pas le droit de sortir de chez soi? Voilà comment s'explique cette "baisse en trompe-l'oeil" du 2e trimestre.

Un demi-million de chômeurs en moins selon Pôle Emploi

Pour convaincante qu'elle soit, la démonstration n'en parait pas moins troublante. Comment l'Insee peut elle avoir observé la plus forte hausse du chômage sur un trimestre depuis au moins un demi-siècle, alors que la Dares, son équivalent au ministère de l'Emploi, affirmait deux semaines plus tôt, qu'au troisième trimestre le nombre des chomeurs (en catégorie A, c'est-à-dire sans aucun emploi) avait baissé de 11% soit près d'un demi-million de moins qu'au deuxième trimestre? Tout simplement, là encore, à cause du premier confinement.

Autorisées à mettre leurs salariés en chômage partiel, les entreprises dont l'activité avaient chuté ont aussi mis un terme aux contrats courts, renoncé à recruter des saisonniers et cesser de renouveler les CDD. De très nombreux hommes et femmes inscrites à Pôle Emploi qui parvenaient jusqu'alors à travailler, au moins partiellement, se sont donc retrouvés sans aucun emploi. D'où le gonflement du nombre des chômeurs en catégorie A au 2ème trimestre (+830.000 par rapport au 1er trimestre) et le reflux partiel observé durant l'été, grâce à la reprise de l'activité.

Le taux de chômage a retrouvé son niveau d'il y a 2 ans

L'Insee comme la Darès disent donc vrai. Même si elle n'évalue pas de la même façon les conséquences de cet événement inédit que fut le premier confinement. Mais, surtout, elles arrivent, fort logiquement, à la même conclusion: par rapport au début 2020, le chômage augmente clairement en France, en dépit d'un recours massif au chômage partiel, cette énorme bouée de sauvetage lancée par le gouvernement pour éviter aux entreprises de perdre des compétences qu'elles auraient du mal à recruter, une fois la reprise économique acquise. Le taux de chômage selon l'Insee a ainsi retrouvé, au troisième trimestre, le niveau (9%) qui était le sien deux ans plus tôt. Et dans les mois à venir, la tendance ne va pas s’inverser.

Les faillites, les plans sociaux vont se multiplier. Des secteurs qui étaient gros pourvoyeurs d’emplois (hôtellerie, restauration, commerce...) vont se délester d’une partie de leurs salariés. L’Insee table désormais sur un taux de chômage à 9,6% dans un an. C’est-à-dire le taux de chômage que connaissait la France au début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Et la Banque de France est plus pessimiste. Dans ses dernières prévisions, elle estime qu'on restera au-dessus des 10% toute l’année prochaine, et qu'il faudra attendre 2022 pour repasser sous ce niveau.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco